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Political Buisness – Critique de la relation consanguine Politique/Affaires.

J’écris rarement en mon nom propre.  Par humilité, par sens du collectif et par respect de mes camarades dont je formalise les idées, les convictions et les propositions.Pourtant  la colère qui m’anime au moment où je rédige ce billet vient des profondeurs les plus noires de ma conscience politique et…ce que j’ai à dire n’est pas forcément partagé par tous les membres de mon association. Ou en tout cas je ne trouve aucun moyen de « randomiser » nos analyses concernant le sujet qui suit.Le contexte politique actuel et les conséquences de l’affaire Cahuzac, nous oblige tous a réagir. A l’évidence les seuls à qui profite cette « Berezina » se trouvent à l’extrême droite de l’échiquier politique. Ils ont d’ailleurs bien compris que plus ils étaient discrets et plus ils étaient susceptibles d’apparaitre comme une « alternative crédible au système ».Mais revenons au cœur du problème, je crois pour ma part que le FN est le fossoyeur de la démocratie et qu’il ne prospère que sur la crise, l’ignorance  et le déficit éthique de nos responsables. Le cœur du problème se situe dans la façon dont « nous » faisons de la politique. La Vème République  et l’omnipotence des partis politiques (les deux principaux) ont dévoyé, avec le temps, la mécanique du cursus qui mène au pouvoir. Le pouvoir est devenu une fin en soi et l’ambition l’unique moteur des carrières politiques. Carrières politiques qui tendent à être de plus en plus des professions à part entière. J’en veux pour preuve les résistances (doux euphémisme) que rencontre le projet de loi concernant le non cumul des mandats. Mais aussi la gloutonnerie obscène de celles et ceux qui s’obstinent à nous faire croire qu’ils/elles peuvent  correctement faire leur boulot d’élu Local/Régional/National, siéger dans des commissions diverses et variées, statuer et prendre des décisions tout en répondant avidement aux sollicitations médiatiques sans risquer le « nervous breakdown » qui devrait poindre au bout du deuxième mois de travail à un rythme de 142H hebdomadaire. Mais bizarrement, nos élus sont globalement en bonne forme physique, toujours souriants, frais et dispos  contrairement à la majorité des français qui (pour ceux qui ont la chance d’avoir un travail) ne peuvent pas en dire autant sur leur santé physique et morale. Le pouvoir est donc devenu une fin en soi, aussi infinitésimal soit-il, sa simple conservation devient l’objet de focalisation unique de l’énergie de l’élu et de son équipe. Les programmes, les promesses électorales et les postures ne sont là que pour le « décorum ». Le renoncement, le reniement sont devenues quasiment obligatoires dans la « check-list » du kit de survie politique électoral. Comment ne pas hurler de rage devant les promesses non tenues par Hollande et son gouvernement ? Comment ne pas être atterré par le flegme et l’apathie de notre premier ministre ? Comment  ne pas être révolté par l’inconscience suicidaire et  le sentiment d’invulnérabilité qui a du animé Jérôme Cahuzac lorsqu’il a accepté le maroquin qu’on lui offrait ?  Parce que l’horreur est là, elle est dans cette impunité réelle ou supposée, dans cette façon qu’ont les « puissants » à s’estimer au dessus de la loi, lors même que dans leurs bouches ils assènent au peuple les mots de République, de Démocratie et de justice continuellement. Sur le fond de l’affaire je n’ai pas grand-chose à rajouter sur le torrent de révélations qui nous entraîne dans un monde de connivence, de copinage et de corruption morale nauséabond. Non sur ça je reste cois, comme groggy en mesurant l’étendue des dégâts.  Mais je souhaite tout de même « relativiser » cette histoire en réorientant le débat vers l’endroit où il doit être. A mon sens, ce n’est pas la « fraude » qui est monstrueuse, 80 milliards d’€/an échappent au Fisc, Cahuzac n’est donc pas le seul en France à pratiquer ce sport. Ce qui est inouïe c’est que c’est que c’est le ministre du budget qui est pris la main dans le sac. Et ça, même les scénaristes les plus audacieux n’y avaient pas pensé ! Cahuzac l’a fait !

L’autre problème c’est le « Timing » de cette rocambolesque histoire. Hollande n’a été élu que par un extraordinaire concours de circonstances et  le début de son mandat nous prouve à quel point cet homme n’avait que l’ambition pour programme. Tout ce qu’il fait n’est qu’hésitations, reniements, calculs médiocres et esquives. Il doit aussi sa place au fait que le fauteuil été occupé avant lui par un autre danger public notoire et que c’est le rejet de Sarkozy, de Fillon et des affaires Woerth, Bettencourt, Karachi…qui a décidé une partie des français à se détourner des gesticulations épileptiques de notre ancien président. Il ne le doit qu’à ça et a rien d’autre !!! Les  Français, durement impactés par la crise avaient un besoin physique d’exemplarité, de probité, d’intégrité, cette fameuse République exemplaire  dont François Hollande s’était fait le champion. En lieu et place nous avons la République des Tartuffes ! Une République implacable à l’égard du citoyen lambda, terrible pour le « voleur de poule », accusatrice et pleine de reproches contre les sans emplois, les sans papiers, les sans droits et pleine de tendresse de compréhension et de complaisance à l’égard des grands, des forts, des puissants. Cela ne peut plus durer ! Cela ne doit pas durer !

Je me permets une petite digression pour replacer cette invraisemblable affaire dans son contexte si singulier pour la plupart et si familier pour certaines sphères décisionnels. C’est la diversité des protagonistes de cette histoire qui me laisse pantois : il y’a la boite vocale d’un élu RPR/UMP, le « socialiste » Cahuzac et le très à droite Penninque (FN/ex GUD)…cet attelage baroque pourrait nous faire sourire, mais il est symptomatique des dérives structurelles de notre façon de faire de la politique et de la relation de subordination directe qui existe entre le monde des affaires et le monde politique ! D’ailleurs le refrain du FN « Tous Pourris ! » et en passe de se substituer au triptyque républicain  tant il est repris à la cantonade par les éditocrates de tout bord. Mais je tiens à rappeler le paradoxe de la poule qui a pondu l’œuf et qui se met à hurler. Les dirigeants et les cadres  du FN sont amusants de par leur manque total de recul et d’autocritique. Les Le Pen père/fille/petite fille  sont les premiers à cracher sur les institutions de la Vème République et l’Europe, pourtant leurs mandats successifs et simultanés (cumul des mandats quand tu nous tiens !) les ont fait prospérer plus que de mesure, de même que les sordides histoires d’héritages. Jean Marie et Marine vouent aux gémonies le parlement européen, mais s’y font élire  n’y siègent quasiment pas et y perçoivent des émoluments conséquents. Le système démocratique actuel est hautement corrosif et les cadres du FN sont eux aussi des « pros » de la politique, sans formation pour la plupart, ce qui explique l’ascension fulgurante de personnalités au profil étrange, dont la compétence est inversement proportionnelle à leur énervement. Ce qui contrecarre indubitablement la logique du « Tous Pourris ! » c’est l’existence d’alternative à la gauche du PS, ce que j’appelle personnellement « La Vraie Gauche », on constatera son absence systématique des scandales politico-financiers et sa présence systématique dans les luttes sociales, la solidarité et le rehaussement du débat politique. Mais cette « déclaration d’amour » s’accompagne d’une mise en garde : Dans les quartiers et ailleurs beaucoup de monde considère que le ralliement au second tour des « forces de Gauche » est incompréhensible ! On ne peut pas passer notre temps à critiquer le PS et la gauche gestionnaire, tout en appelant à voter aux seconds tours pour ceux que nous critiquions la veille ! Nous devons y réfléchir, nous devons mettre en place un cordon sanitaire politique et ELECTORAL autour du PS, tant que celui-ci ne changera ni de méthode de fonctionnement, ni d’orientation politique !

 

Mais revenons au sujet principal, je suis un psychologue de bazar, et j’ai une tendance naturelle à l’empathie. Qu’est il passé par la tête de Cahuzac lorsque le ministère lui a été proposé ? Ne se souvenait il pas des squelettes qu’il avait dans ces placards ? Je crois que oui, mais les ors de la République et le pouvoir qui en suinte ont dû exercer une attractivité irrépressible. Et puis une fois ministre ou secrétaire d’état qui peut vous atteindre ? D’ailleurs continuons ensemble sur cette veine là de la psychologie de bazar. Le pouvoir est grisant, à tous les niveaux, Président de la République ou président de l’entente bouliste de la Saint Glinglin, les mêmes ressorts mentaux peuvent être mis en évidence chez l’un comme chez l’autre. C’est  l’échelle qui est différente et l’impact des décisions qui n’est pas la même. De l’échelon national, descendons aux affaires locales.

J’ai appris que notre inénarrable président du conseil général des Bouches-du-Rhône avait fait voter  la prise en charge de ces frais de justice par le conseil général et donc par le contribuable ! Je rappelle, pour ceux qui ne le savent pas que Jean-Noël Guérini est mis en examen depuis le 5 mars 2013 pour « détournement de fonds publics », mais aussi depuis le 8 septembre 2011 pour « complicité d’obstacle à la manifestation de la vérité », « prise illégale d’intérêts », « trafic d’influence » et « association de malfaiteurs en vue du trafic d’influence et recel de trafic ». Une question me vient à l’esprit, ce matin là en se rasant JNG s’est dit tiens je vais me faire payer mes frais de justice, c’est une bonne idée ça, non ? Un de ses conseillers expert en flagornerie a dû lui dire que c’était génial ! Le groupe PS et affiliés du CG13 s’est surement réuni pour un débrief…et personne n’a pu dire : non Président ce n’est pas possible, les Français nous regardent, les Marseillais sont à bout, le FN n’attend que ça, nous ne pouvons pas ! Non personne ne lui a rien dit, même ses opposants PS se sont juste abstenus !!! Je crois que même ma psychologie de bazar ne peut rien pour eux, il y’a là une urgence psychiatrique à résoudre et vite ! La folie s’est elle emparée du PS local ? Je le crois, qu’est ce qui expliquerait autrement que malgré les affaires Cahuzac, Andrieux, Guérini, Bettencourt, Woerth et Sarkozy  en cours une assemblée saine d’esprit puisse sortir une résolution pareille ??? La présomption d’innocence ? Soit, mais pourquoi celle-ci ne semble revêtir un caractère sacré que lorsqu’il s’agit de personnalités du spectacle ou de la politique ? Pourquoi lorsque des gosses de nos quartiers se font faucher par des rafales de mitraillettes, peu nombreux sont celles et ceux qui les considèrent comme victimes et pas comme coupables ayant reçu un juste châtiment ??? La présomption d’innocence est un droit inaliénable, mais elle n’a de sens que si elle est systématiquement invoquée ! La présomption d’innocence est dévoyée, c’est une arme de plus pour celui qui en a les moyens pour gagner du temps, organiser sa défense, se faire oublier des médias et des citoyens (Tiberi, Balkany…). La présomption d’innocence est une prostituée de luxe que seuls les riches et les puissants peuvent se payer ! Poujade me voilà ? Non surement pas, mon discours n’est pas anti élite, mon propos ne vise qu’a rétablir l’égalité, la justice sociale et à faire entendre un autre son de cloche que celui  de cette ineptie individualiste qui coupe les élites du peuple et le peuple des élites. L’élite de la République n’a de sens que si elle consacre toute son énergie au bien être du peuple (pour ne pas utiliser le mot révolutionnaire de bonheur). Cette élite n’a de légitimité que si elle est directement issue dudit peuple. Elle doit se remettre à réfléchir à son statut, à sa condition et a sa fonction. Les élus doivent garder à l’esprit que la politique n’est pas une carrière, une aubaine professionnelle ou un tremplin social ! La représentation doit porter dignement son nom et même si le mandat impératif n’existe pas, elle doit se consacrer à remplir les conditions du pacte social qui la lie au peuple ! Ces questions sont ardentes, nos concitoyens ne souffrent plus les atermoiements et les reculades, l’heure de la Justice sociale est arrivée. A défaut du « changement, c’est maintenant ! » nous réclamons la « justice pour tous, Maintenant ! », « l’Egalité pour tous, Maintenant ! ».

La République doit se débarrasser de ces privilèges, de ces passe-droits, de ces injustices, elle ne peut pas simplement détourner le regard et feindre l’ignorance. La République doit se débarrasser de ces oripeaux de la monarchie pour être définitivement égalitaire, définitivement juste. Sans cela, Saint Just aura toujours raison : « on ne peut régner (ou gouverner) innocemment ! ».

BENSAADA Mohamed

Marseille, le 7 Avril 2013

Printemps 2012 : Pour Exister politiquement !

La séquence politique à venir est déjà là toute proche, nous lisons les déclarations, les positionnements, les postures et parfois les impostures. Nous savons que les communicants n’en finissent plus de faire des rapports et de scruter avec fébrilité les quartiers populaires et l’agitation politique qui pourrait en surgir. Nous savons aussi que l’heure des grandes manœuvres à sonnée et que les exécutifs politiques qui ont longtemps méprisée cette vitalité populaire et démocratique ne peuvent plus se payer le luxe de la dédaigner…c’est déjà une victoire en soi !

Mais elle ne suffit pas, pire elle est synonyme de danger pour un mouvement autonome encore en gestation. Le recul de l’histoire nous permet d’être péremptoire et d’affirmer avec force et détermination que nous savons comment et qui a sabordé l’espoir des marcheurs pour l’égalité de 83. Nous savons qui a instrumentalisé cette cause à des fins bassement électoralistes et qui a sciemment saboté toute la dynamique éminemment politique de ce mouvement en l’enfonçant dans un apolitisme infantilisant et facilement manipulable.

Nous avons aussi vu la traîtrise et la lâcheté, le lynchage de toute une génération à qui l’on ne cesse de répéter dans les discours officiels qu’ils/elles sont les fils et les filles de la République, et autres sornettes illusoires qui sont mille fois démenties dans leurs quotidien par les discriminations de masses, les raccourcis médiatiques ravageurs et le populisme crasseux de la Droite et du FN. En 2005 l’insurrection n’a pas été politiquement relayée, parce que ce pays ne se reconnaissait pas dans cette jeunesse et qu’il préfère s’identifier plus volontiers à celle qui défilait contre le CPE. Pourtant les deux méritaient d’être, si ce n’est soutenue, au moins comprise et rassurée ! Pour notre part, épris d’égalité et de justice sociale nous ne les avons jamais opposées ! La fracture sociale est aussi une fracture trans-générationnelle, une fracture de classe que le discours islamophobe souhaite transformer en fracture ethno-religieuse.

Aussi l’Histoire est un éternel bégaiement…pour les amnésiques, les signataires de l’Appel Printemps 2012 ne le sont assurément pas !

SOS Racisme nous à transformé en gentils beurs (terme exécrable) et en gentils blacks sympas et désinvoltes qui veulent juste que les méchants racistes arrêtent des les tirer comme des lapins. Des jeunes gens éternellement jeunes et insouciants qui ne peuvent briguer aucune charge, ni aucune responsabilité s’ils ne se départissent pas de leurs singularités. En d’autres mots pour la jeunesse des quartiers il fallait soit passer sous le bulldozer assimilationniste, soit se voir condamné à vivre en survêt et casquette jusqu’à la retraite, à danser sur du Hip hop ou à jouer au foot. Plus tard NPNS a cité à comparaitre toute la jeunesse masculine de nos quartiers devant les tribunaux de la République, au motif que nos jeunes gens étaient tous potentiellement des violeurs décérébrés et des intégristes phallocrates aux mœurs arriérés et aux comportements archaïques. Mais le plus grand tord que cette officine ait pu faire dans le débat contradictoire qui oppose les forces politiques issues de l’immigration post coloniale aux institutionnels, est l’installation d’un piège idéologique simpliste (mais ô combien efficace) qui consiste à répondre à toutes les aspirations égalitaires légitimes des classes populaires par un rappel à l’ordre Laïciste. Un dialogue de sourd, puisque nous hurlons au droit et à l’égalité et que l’on nous répond Laïcité ! Comme si les deux s’opposaient ! Ce sophisme permet surtout de gagner du temps et de maintenir le mécanisme ségrégationniste en l’état, en gros on discutera avec vous lorsque vous ne battrez plus vos femmes, vous arrêterez d’égorger vos moutons et quand vous finirez tout de même par admettre l’ordre établi et la diversité cosmétique que nous consentons de façon magnanime a vous accorder !

Ces grosses associations soutenues par le PS et d’autres jusqu’a la Droite ont finit par institutionnaliser l’antiracisme. Aujourd’hui d’autres tentent de « cadrer » le mouvement issu des quartiers populaires. Tout le danger est là, parce qu’il représente en soi une menace réelle de dévitalisation de la dynamique politique enclenchée.

Entre la xénophobie de Droite, le paternalisme débilitant de Gauche et l’Islamophobie générale, l’espace politique est restreint et nous voguons de Charybde en Scylla. Mais cet espace existe et nous pensons que la démarche de Printemps 2012 arrive au bon moment, au bon endroit et avec les bons acteurs. Cette initiative fait le pari que c’est la solidité de son ancrage populaire et la conséquence de sa base qui lui assureront la réussite. Ainsi le débat ne sera pas confisqué et confiné à des échanges convenus entre « gens de bonne composition ».

Les comptes politiques ne sont pas soldés, loin s’en faut, nous signons cet appel parce que nous voulons reposer les bases du débat sur les quartiers populaires, en utilisant cette fois ci le prisme du ressentiment légitime des habitants de nos quartiers, dont la situation est connue et ne fait plus débat. Mais cette situation mérite des éclaircissements, soit nous habitants des quartiers populaires sommes des citoyens de seconde zone avec des devoirs similaires et des droits diminués de façon officielle, soit nous sommes toutes égaux et libres et jouissons pareillement des mêmes droits et devoirs que nos autres concitoyens. L’interpellation n’est pas anodine, elle rebat les cartes et fait tomber les masques.

Printemps 2012 est une chance unique de mettre en place cette convergence des luttes populaires, de les structurer, de mutualiser les expériences et les compétences de terrain. C’est une chance unique de transformer cette matière militante incandescente en matière politique, une chance d’enfin mettre en pratique les valeurs de solidarité, de partage, de fraternité dont nous nous réclamons. C’est une chance d’étancher enfin notre soif inextinguible de justice sociale, et d’assouvir notre faim d’égalité.

Tous les futurs sont possibles, mais ils dépendent aussi de la façon dont nous les construirons, nous avons la possibilité de nous unir dans le respect de nos divergences et de la plateforme politique que nous établirons collectivement. Mais nous sommes toutes et tous déterminés à exister, et comme disait Sayad « Exister, c’est Exister politiquement ». Nos identités ne sont pas négociables, nos revendications ne sont pas à minorer, et notre sincère dévouement à la cause de nos frères, de nos sœurs et de nos camarades des Quartiers populaires n’a d’égale que notre détermination. A nous maintenant de nous montrer digne de cet espoir !

Quartiers Nord/Quartiers Forts

Marseille le, 29 Octobre 2011

Marseille comme on l’aime, Marseille comme elle est !

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Mme Manelli, dans un article paru dans la Provence en date du 26/09/11, s’en prenait violement au rapport intitulé « Les Marseillais Musulmans » publié par Françoise Lorcerie et Vincent Geisser.
Passons sur le titre et la « mise en scène » cousue de fils blanc de l’article dont le but est une évidente disqualification des auteurs de l’étude, un réquisitoire destiné à éloigner les curieux et à les dissuader de lire le travail de ces deux sociologues reconnus. Sans parler de la conclusion méprisante au possible de la journaliste : «une étude de cours élémentaire réalisée par deux chercheurs égarés. ».
Nous ne reviendrons pas sur l’attaque en « scientificité » de l’étude, la Provence ne sort pas grandie en publiant des articles dont l’argumentation est si pauvre et le manichéisme si caricatural !
De plus cet article est tourné comme une critique de film à la façon « j’aime/j’aime pas », nous rappelons juste qu’il s’agit d’une étude sociologique et que le fait d’aimer ou de ne pas aimer ce que l’on lit ou ce que l’on entend ne change en rien le contenu, la substance, l’essence de cette étude.
Le problème de cette étude est éminemment politique et sociétal, elle tend un miroir à la face de tous les marseillais, en disant voila ce qu’une partie non négligeable de vos concitoyens vit dans notre bonne ville de Marseille.
Cette étude est cruelle pour les tenants de la Marseille cosmopolite, creuset du multiculturalisme, porte de l’Orient, parce qu’elle donne la parole à celles et ceux dont personne ne se préoccupe (en dehors des campagnes électorales).
Pour notre part cette étude est un pas en avant utile pour la prise en compte de nombreuses problématiques longtemps remisées au placard des priorités sociales et politiques de cette ville, ce que nous y lisons c’est l’extraordinaire soif de justice sociale et d’égalité de traitement de nos concitoyens musulmans qui se vivent, pour la plupart, comme des citoyens de seconde zone.
Faut-il hurler pour se faire entendre ? Et dire que le roman municipal du « plus belle la vie » est une imposture sur papier glacé. Non Marseille pour beaucoup ce n’est pas ça !
Marseille vue des quartiers populaires, c’est un hyper-centre de moins en moins accessible, des quartiers minés par le chômage, dans certains « grands ensembles » le taux de chômage des moins de 25 ans atteint les 50%.
Marseille vue de nos quartiers c’est un développement économique vampirisé par le périmètre Euro méditerranée, au détriment des quartiers populaires du nord et du centre qui n’en finissent plus de sombrer dans la précarité et la relégation sociale.
La jeunesse de nos quartiers est parquée au pied des immeubles sans perspectives et sans espoirs discriminée, disqualifiée et stigmatisée. Comme le furent les indiens dans les réserves, elle se meurt à petit feu détruite par le Cannabis (notre eau de feu), les trafics et la violence.
Les musulmans de Marseille ne seraient pas heureux de leur sort ? La belle affaire ! Dans une ville où cette immense minorité ne dispose toujours pas d’une Grande mosquée, ce vieux serpent de mer qu’aucun dirigeant politique n’a le courage de mener à terme, pour des raisons bassement électoraliste, parce que dans notre ville si fraternelle 30% de nos voisins, de nos concitoyens, de nos collègues de travail votent FN !
Les musulmans de Marseille ne sont pas satisfaits parce que la pratique de leur foi est entravée pour mille et une raisons ! Pas de site d’abattage suffisant pour l’Aïd, pas de « carrés musulmans » susceptible de faire face à la demande croissante des ensevelissements…
Mais évidemment on peut passer à coté de ces problèmes là, les minorer voire les nier, ils n’en demeurent pas moins pour autant ! A ne s’occuper que du Marseille qui brille on oublie le Marseille qui souffre, qui trime, travaille et se débrouille, ce Marseille populaire qui est au cœur même de l’identité marseillaise.
A la table du festin cette étude à le mérite de tendre le micro vers celles et ceux qui picorent les miettes tombées par terre, n’en déplaise à Mme Manelli et à la Provence.
Et pourtant nous l’aimons cette ville, presque malgré elle ! Dans les séries B américaines il y’a toujours un bal de fin d’année et une reine du bal. Marseille est cette reine du bal et nous sommes dans ce bal cet amoureux transi qui ne danse jamais avec elle.
Mohamed Bensaada
Quartiers Nord/Quartiers Forts

De Rage et d’Amertume.

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L’immigration post coloniale n’est pas « cérebrolésée » ! En guise d’introduction cette affirmation peut être perçue comme incongrue et si ce n’était ce qui suit j’en conviendrais volontiers. Le terme n’est pas très usité et il sort tout droit du jargon des psychologues qui parlent aussi de mémoire cognitive et de courbe de l’oubli. Ces concepts définissent la façon dont nous encodons, nous stockons et nous récupérons les souvenirs et la représentation mentale que nous nous faisons de nous-mêmes individuellement ou collectivement.
Cette immigration post coloniale hérite d’une mémoire des luttes, faîtes de drames et de souffrances, de spoliation et de regrets, de trahisons et de lâchetés…de rage et d’amertume.
Mais elle est aussi faite de grandeurs et de victoires, de courage et d’abnégation, de sublimes sacrifices et d’héroïsmes insensés, d’honneur et d’espoir (ce mal incurable).
Personne n’est propriétaire de cette mémoire là et personne ne peut s’en déclarer unique dépositaire. Cette mémoire appartient en fait à toute l’humanité, elle est une partie de son histoire, elle nourrit le souffle de toutes les femmes et de tous les hommes de bonne volonté. Elle forge la conviction et la détermination de toutes celles et ceux qui n’abdiquent pas, ne se résignent pas et ne troquent pas la dignité qu’elle leur confère contre les enjeux de l’immédiateté, contre le quotidien, le court terme qui oblitère le recul et la mise en perspective.
La mémoire de l’immigration post coloniale est donc de fait une histoire universelle mais subjective ! Elle est un parti pris, les 3ème rencontre des luttes de l’immigration qui se tiendront fin Novembre à Paris le rappelleront par ailleurs.
Mais la mémoire, en terme de militantisme, ne peut être réduite à sa simple expression commémorative, elle n’a d’efficience qu’a partir du moment ou elle devient (ou redevient) un outil de connaissance et d’émancipation ! Saïd Bouamama a mis le doigt sur un des obstacles majeurs de la conscientisation politique des quartiers populaires : « le militantisme des générations spontanées.» Cette véritable damnation qui fait que la transmission du savoir politique et culturel ne se fait que de manière sporadique, discontinue, au gré des individus et de leurs motivations et histoires personnelles. Peut être parce que nombre d’enfants et petits enfants d’immigrés ne se projette socialement que par le biais de l’histoire officielle et le roman national que l’école républicaine lui enseigne, quitte à vivre cela comme une dénégation ou une ablation d’une partie de leur identité.
Ainsi, peu nombreux sont celles et ceux qui s’impliquent dans la conservation, la réhabilitation et la diffusion de cette mémoire…mais ils/elles existent. L’enjeu n’est pas de rentrer dans une quelconque logique de « mémoire concurrentielle », ni même d’ériger la victimisation en posture à défaut d’autres arguments. Non la mémoire doit se transmettre de façon linéaire d’une génération à l’autre de manière à assurer une continuité de l’action politique émancipatrice. Le colonialisme est présent dans notre société, il n’est pas éradiqué, même si en surface le racialisme colonial n’est plus assumé, il perdure par le biais des projections que la majorité se fait des « minorités visibles ». Il continue d’inspirer tous les processus discriminatoires et maintient les inégalités en dépit de la loi et de la constitution.
C’est pourquoi cette mémoire ne doit pas être bradée ou instrumentalisée, elle ne doit pas devenir une longue suite de commémorations à bas coût politique ! Cette mémoire n’est pas un folklore, elle doit servir d’exemple pour les luttes d’aujourd’hui et de demain. Le 8 Mai 45, le 17 Octobre 61, la Guerre d’Algérie, la Guerre du Rif, les guerres de libérations des anciennes colonies, l’Etoile Nord Africaine, le Mouvement des Travailleurs Arabes, les figures emblématiques de Kwamé N’Kruhma, Ahmed Ben Bella, Amilcar Cabral, Thomas Sankara, l’émir Abdel Kader, Toussaint Louverture, Abdelkrim Khattabi, Ben Barka, Menelik II et tant d’autres encore doivent servir à l’édification intellectuelle de notre jeunesse, pour que celle-ci ne grandisse pas dans le ressentiment et la schizophrénie. Cette mémoire est un bien précieux et elle doit nous aider à faire tomber les murs qui nous séparent encore de la justice sociale vraie et absolue, de l’égalité inconditionnelle et de la dignité inaliénable !
La séquence politique à venir ne manquera pas de nous fournir dans nos luttes de vrais et de faux amis, à nous de savoir faire le tri. A nous de soutenir des gens qui mettent en danger leur nom, leur intégrité morale et physique. Des gens qui comme, Houria Bouteldja, sont les fervents défenseurs de cette mémoire et des populations de nos quartiers populaires, et qui sont harcelés et trainés devant la justice par des gens qui rêvent encore du temps béni des colonies, des gens qui, comble de l’ironie l’attaquent pour « incitation à la haine raciale » !!! Le 12 octobre prochain devant le TGI ces grotesques accusations voleront en éclat, nous lui témoignons au passage tout notre soutien et notre fraternité ; c’est un fait la parole libre ne doit pas être criminalisée !
Pour résumer notre pensée je n’ai rien trouvé de mieux que cette citation de Léon Trotsky :
« Celui qui ne sait défendre les vieilles conquêtes n’en fera jamais de nouvelles. »
Une citation à méditer si nous ne voulons pas que notre avenir ne soit fait que de Rage et d’Amertume.
Mohamed Bensaada
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Mon Camarade, Ma Sœur, Mon Frère.

 

Je t’écris parce que je suis celui que tu croises parfois au bas de ton immeuble, parce que je suis celui qui comme toi se réveille chaque matin dans l’attente d’un changement, je suis celle qui sait la dureté de ton quotidien et du mien. Je suis celui que tu vois se tordre sur son marteau piqueur et que tu salues quant il rentre chez lui ivre de douleur et de fatigue, je suis celle que tu regarde frotter le sol des grandes surfaces avec un balai ou une machine 10 fois trop grande pour mes bras…et pourtant.

Je suis celui qui serre les poings quant il rentre à Pôle emploi et qui serre la mâchoire quant il en ressort, Je suis celle qui cherche de l’aide pour nourrir et éduquer ses enfants, je suis celui ou celle qui compte chaque centime d’ Euro et qui n’a plus d’argent sur son compte à partir du 5 de chaque mois. Je suis ton voisin à qui on a coupé le gaz et l’électricité et qui ne sait plus ni comment faire ni comment dire. Je suis ta voisine qui ne reçoit plus comme courrier que des lettres de relance et des rappels d’huissier et qui sursaute à chaque bruit de pas dans la cage d’escalier.

Je suis ce vieil homme assis chaque fois au même endroit et qui semble avoir vécu des milliers d’années tant la lassitude et la désillusion peuvent se lire dans mon regard. Je suis ce jeune gars qui a fait des études et qui a envoyer des millions de CV sans réponse et qui tient le mur comme les autres pour éviter que tout ne s’écroule. Je suis cette jeune fille qui se bat et essaie de franchir les obstacles avec force et détermination et qui restera à jamais dans le regard du plus grand nombre la petite beurette ou la petite black. Je suis ce jeune à la casquette vissée sur la tête au regard sombre, à la mine farouche, celui que l’on contrôle 117 fois par mois qui sait mieux que personne ce que veut dire « force publique » dans l’intimité d’un commissariat, je suis ce cauchemar vivant de la France profonde et qui ne rêve que d’une vie banale, d’une famille et d’une normalité qu’on me refuse. Je suis ce travailleur sans papier qu’on exploite depuis des années et dont on peut briser le destin a chaque coin de rue, à chaque patrouille de police. Je suis cette militante inlassable de la cause Palestinienne qui vient te harceler et te dire que militer c’est exister! Je suis ce travailleur social dont l’enthousiasme et la patience n’en finit plus de t’étonner, je suis cet associatif qui monte des projets pour les jeunes et les moins jeunes du quartier et qui mobilise toute son énergie pour offrir des espaces de couleur dans le gris terne de nos tours, je suis celle qui travaille sur la mémoire de nos anciens et les fait parler, les fait sourire et nous fait pleurer. Je suis ce militant politique qui vient te voir et te parler de choses qui te semblent lointaines, celui qui te fait sourire doucement et qui souvent t’agace mais qui reviendra malgré tout.

Je suis tout ça à la fois et plus encore, et je viens te dire que c’est ensemble que nous réussirons à dépasser construire des solutions et que c’est ensemble que nous les imposerons. Je suis celui et celle qui sait quelle est notre force, notre fierté et notre détermination au-delà de toute considération d’origine, de condition ou de religion. Je suis celui qui sait que c’est unis que nous résisterons et que c’est dans la division que nous faillirons! Je suis celle qui t’invite à nous rejoindre et à militer avec nous au sein du Collectif de Réflexion et d’Action Populaire, parce que c’est le cadre unitaire qui a pour ambition de coller au plus près des aspirations des habitants de nos quartiers. Si tu ne t’occupes pas de politique, la Politique s’occupe de Toi! Alors occupons nous en ENSEMBLE!

Je suis celui et celle qui te dit que tu n’est pas seul et que tu es mon Frère, ma Sœur, mon Camarade.

Quartiers Nord/QuartiersForts

Pour des Assises Politiques des Quartiers Populaires.

Cette idée n’est pas neuve et nous la reprenons à notre compte parce que le temps passe et que la situation de nos quartiers continue à se détériorer inexorablement.
Au-delà des polémiques stériles sur l’efficience des différents plans Banlieues de l’histoire récente et de la pertinence des politiques de la ville successive, le constat est alarmant tant sur le plan social, économique que politique.
Nous partons du principe que les Assises Politiques sont l’outil approprié pour une remise à plat de cette question sociétale des quartiers populaires. Nous ne pouvons plus nous satisfaire des actions palliatives habituelles. Il faut un débat, une réflexion et un train de mesures suffisamment ambitieux en terme d’objectifs et de moyens pour combler le gouffre qui se creuse entre les classes des quartiers populaires et le reste de la société.
Pour ce faire nous ne comptons évidemment pas sur la bonne ou la mauvaise volonté de nos gouvernants qu’ils soient nationaux ou locaux ; Nous en appelons à toutes les organisations politiques de Gauche et aux syndicats, aux associations dont l’activité est en rapport avec la vie de nos quartiers, aux travailleurs sociaux et à toutes les personnes engagées dans le combat quotidien qu’est devenue la vie dans ces territoires.
Nous en appelons aux organisations politiques de la Gauche de la Gauche parce que la pérennisation du mouvement social passe par une structuration idéologique et politique que seuls les partis politiques peuvent assurer, mais aussi parce que les projets de société des uns et des autres ne peuvent plus faire l’impasse sur la question des quartiers populaires et doivent l’inclure dans leurs programmes respectifs comme étant une thématique centrale et un préalable de discussion non négociable. En outre comme toute relation n’est viable dans un partenariat que dans le cadre de la réciprocité des échanges, les partis de Gauche auront à effectuer un travail introspectif de réflexion quant à la perception qu’ils se font des quartiers populaires et remettre en cause certaines approches dogmatiques telle que l’uniformité de la classe populaire. Il ne s’agit pas d’opposer ceux qui souffrent mais de prendre en compte les revendications globales des classes populaires issues du milieu ouvrier sans rejeter celles plus spécifiques des classes populaires issues de l’immigration post coloniale. Ne pas faire ce constat consisterait à rompre de façon irrémédiable avec une frange importante du « prolétariat » tel qu’il est aujourd’hui et non pas tel qu’on le fantasme.
Nous en appelons aux syndicats parce que la lutte pour le progrès social ne peut se concevoir sans leur renfort, leur encadrement et la transmission de tout l’héritage culturel des luttes du passé et du présent dont ils sont les dépositaires ; Néanmoins cette collaboration n’est pas univoque et bien que s’inscrivant fondamentalement dans la tradition de l’éducation populaire, nous pensons que c’est le contact entre la tradition syndicale d’entreprise et le mouvement social des quartiers populaires qui donnera naissance au syndicalisme du futur et le revitalisera. Nous sommes convaincus que le monde de l’entreprise n’est plus le seul terrain d’affrontement social et que les problématiques du logement, de l’emploi et du maintien des services publics dans nos quartiers sont autant de théâtres d’opération à investir collectivement.
Nous exhortons nos camarades du milieu associatif à assumer pleinement leur part de responsabilité dans la construction d’une alternative politique émancipatrice pour la population de nos quartiers. Nous refusons d’être systématiquement condamnés à reproduire les mêmes schémas, les mêmes erreurs et à être fatalement au même point de réflexion que les générations de militants qui nous ont précédées ! L’immigration post coloniale est porteuse d’une Histoire, souvent ignorée, méprisée ou déformée, pourtant cette Histoire fait aussi partie du patrimoine culturel de la France et nous sommes aujourd’hui capables de réécrire l’Histoire de ce pays et de TOUS ces habitants de manière objective, en sortant du canevas étriqué du roman national et des dérives racistes du débat sur l’identité nationale. Le travail autour de cette mémoire est crucial et il fait le lien avec l’histoire de l’immigration, les espoirs, les échecs et les luttes pour accéder au respect, à la dignité et cette soif inextinguible de justice et d’égalité comme leitmotiv de plus d’un siècle de lutte ! De l’Etoile Nord Africaine (ENA) dans le Front Populaire au combat du Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA), du regroupement familial à la chasse aux « sans papiers » et de la marche pour l’Egalité de 83 a la révolte de 2005. Toute cette expérience est riche d’enseignements et nous ne progresserons que si nous sommes capables de nous servir de la somme des savoirs accumulés par des générations de militants.
Enfin nous en appelons à toutes celles et ceux qui chaque jour luttent pied à pied contre un système qui broie l’individu et l’isole en lui faisant croire que le salut est dans la compétition et la prédation des autres. Que l’accaparement des richesses produites par les travailleurs s’inscrit dans la normalité. Que l’on peut s’accommoder d’un droit international à géométrie variable. Nous en appelons à celles et ceux qui refusent la précarité comme mode de vie imposé et qui militent pour que la dignité humaine soit inaliénable et qu’elle outrepasse toutes les considérations mercantilistes ! Nous en appelons aux jeunes, aux vieux, aux femmes et aux hommes de bonne volonté qui ont encore l’espoir que les choses peuvent encore changer, et nous leur disons que les choses ne changeront qu’a partir du moment où le sens collectif l’emportera sur l’égoïsme et l’individualisme. Nous leur disons que la cause des Quartiers Populaires est une cause universelle et que c’est un enjeu majeur de notre société, parce que c’est dans ces quartiers que s’accumule l’intégralité des injustices du système actuel.
En Septembre prochain, à Marseille se tiendra le 1er Forum de Réflexion et d’Action Populaire, cet événement initié par le Collectif de Réflexion et d’Action Populaire aura pour but de dresser un constat (le plus exhaustif possible) de la situation de nos quartiers. Il aura aussi pour ambition d’impulser une nouvelle dynamique politique dans nos quartiers et de fédérer autour d’objectifs commun à court, moyen et long terme, l’ensemble des forces vives politiques, syndicales et associatives qui ont pour volonté commune, l’envie de participer à la repolitisation de nos quartiers et à leur installation effective dans le jeu politique comme thématique centrale et non plus comme accessoire instrumentalisé en fonction d’intérêts bassement électoralistes. Nous essaierons de confronter nos points de vues sur des sujets aussi divers que la Culture, la Santé, l’Education, l’Emploi, le Logement, la situation politique locale, Nationale et internationale et nous élaborerons les premières pistes de réflexion sur la façon d’organiser un mouvement social des quartiers populaires, autonome et suffisamment crédible pour que nos quartiers ne soient plus une simple variable d’ajustement politique. Le Forum constituera ainsi la première marche vers les Assises Politiques des Quartiers Populaires.
Quartiers Nord/Quartiers Forts
16 Mai 2010
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Foulard, Lutte des classes et Mouvement social des Quartiers populaires.

La polémique en cours  est révélatrice du malaise et de l’incompréhension qui tourne autour de la présence d’Ilham sur la liste NPA du Vaucluse. Les  commentaires et les réactions qui répondent à ce texte enfonce le clou et me conforte dans l’idée que c’est bien la posture ethno centrée de cette réflexion qui est à l’origine de ce  « malentendu ».

M’est avis que si nous voulons discuter de cette question il va falloir faire un énorme travail introspectif sur les valeurs d’universalisme auxquelles beaucoup se référent.

L’argument qui consiste à assimiler le port du foulard par Ilham comme un signe irréfutable de sa soumission à l’ordre phallocratique musulman est utilisé, souvent inconsciemment, pour exonérer  l’oppression que notre système sociétal exerce lui-même sur les femmes. Il n’est qu’à voir l’inégalité du traitement salarial entre les sexes en France et dans le reste du monde non musulman pour comprendre que l’égalité homme/femme que prônent les détracteurs de cette candidature   n’est encore qu’une tournure de style  et un biais psychologique réconfortant .Il n’est qu’a voir aussi le nombre des violences faîtes aux femmes dans ce pays où une femme meurt tous les trois jours  rouée de coups ! Il n’est qu’à  voir le totalitarisme et la banalisation des violences et des pratiques humiliantes que distille l’industrie pornographique dans les mentalités et les comportements. Pour l’heure cet argument ne sert que de postulat de départ  à la construction du discours islamophobe. Bien entendu toutes celles et ceux qui utilisent cet argument ne sont pas forcément  islamophobes, parfois ils sont mêmes sincèrement convaincus qu’ils œuvrent, en bons féministes,  à l’émancipation   des femmes dans le monde. Pour autant il faut revenir en arrière et mettre en perspective tout le « relief » historique de cette question et se rappeler que la colonisation et son cortège de malheurs fût longtemps justifié par l’apport de la civilisation aux peuples indigènes et par la libération des femmes, il faut prendre en compte  ce passif post colonial qui provoque chez les français de confession musulmane, et ce quelle  que soit l’intensité de leur pratique ou de leur adhésion religieuse, une réaction épidermique de protestation. On peut continuer à ignorer les blessures de l’histoire et feindre de croire que le questionnement que suscite un épiphénomène comme la présence d’Ilham sur cette liste est surgit du néant. On peut mais c’est nier la réalité et ne pas raisonner avec le minimum d’empathie nécessaire. Parler de ce bout de tissu  et contester à cette jeune femme le droit d’apparaitre sur une liste électorale, c’est se camper dans le déni et la négation même de son être, la condamner pour son apparence sans se soucier de ce qu’elle fait, de ce qu’elle est ou de ce qu’elle dit. Cette histoire de foulard, de voile entre autres accessoires « ostentatoires », résonne comme une cérémonie du dévoilement qui n’en finit pas…

On peut gloser à l’infini sur le « timing » et sur l’instrumentalisation que pourrait en faire le Nouveau Parti anticapitaliste ; J’ai directement posé la question à des camarades encartés au NPA et j’ai même discuté avec Ilham, pour savoir si elle aurait été présente sur cette liste sans son foulard, question anodine mais essentielle ; Et la réponse est indubitablement oui, parce que cette militante est avant tout anticapitaliste, féministe, écologiste et internationaliste et que c’est en tant que telle qu’elle se présente ! Partant de là, et si l’on évite la sempiternelle suspicion et  l’accusation éculée du « double discours », rien ne s’oppose à sa candidature. La Laïcité n’est pas au cœur du problème parce que le foulard que porte certaines femmes de ménages n’irrite personne et que ce qui est en jeu dans cette histoire c’est encore une fois l’acceptation ou la visibilité de l’Islam dans l’espace public en général et dans le champ politique en particulier. Que les chose soient bien claires, Ilham dans son discours n’est aucunement prosélyte et ne mets pas en avant sa singularité ou une quelconque revendication d’ordre religieux, elle est donc de fait qualifiée pour porter un discours, qui par ailleurs est très cohérent, discours directement lié à son activité de militante sociale et politique de la cause des quartiers populaires. De plus, contrairement à celles et ceux qui prennent trop souvent la parole en lieu et place des habitants de ces quartiers, et s’autoproclament de facto comme portes paroles des quartiers populaires, Ilham veut juste faire entendre sa voix de citoyenne et de militante, lui refuser ce droit c’est à nouveau demander  qu’elle soit traitée comme un corps d’exception.

Si cette candidature présente un  intérêt, c’est surtout qu’elle déconstruit le schéma classique des relations entre le politique et  les classes populaires. Lorsque je parle de classes populaires, je dis surtout les arabes et les noirs de ces quartiers ou pour être politiquement  correct les minorités visibles. Il faut bien comprendre que la cinquième République dans sa lente agonie démocratique ne s’émeut pas du traitement post  colonial infligé a cette partie de la population :

L’abstention étant devenu un sport de compétition dans ce pays, le mépris institutionnel et l’application de politique inadaptées aux problèmes de cette catégorie d’électeurs (ou de non électeurs) conduisent à un désespoir et à un désintérêt  que le capitalisme entretient avec assiduité.

Pour faire bonne figure les exécutifs et les agences de communication ont mis au point un stratagème électoraliste de diversion massive qu’ils ont appelé Diversité. Cette diversité est un double levier politique, il permet d’une part de se lover confortablement dans la certitude que la France est un pays tolérant et qu’il s’applique les principes moraux d’Egalité et de Justice sociale dont il est le garant. D’autre part il promeut de façon paradoxale une Diversité homogénéisée ;  Il y’a aujourd’hui des candidats et des candidates de la Diversité qui répondent point par point aux valeurs normatives d’un « standard type »  de l’élu des minorités visibles. La qualité ou les compétences n’entrent que pour très peu dans cette grille de lecture basée sur les méthodes du casting, il faut à ce futur élu devenir la projection fantasmée du « bon prototype » comme dirait l’inénarrable Brice Hortefeux. Il doit bien présenter, dire ce que l’on veut l’entendre dire et faire ce que l’on veut qu’il fasse, il ne doit pas prendre d’initiative politique sans en référer au préalable à son Pygmalion politique et surtout il doit en période électorale être celui ou celle qui organisera des rencontres « sur le terrain » avec cette France qu’on renie le reste du temps mais avec laquelle il est de bon ton de partager quelques gâteaux au miel, un thé à la menthe ou pourquoi pas carrément un couscous républicain, c’est toujours très bon en terme d’image d’avoir accès à ces coins reculés de la France, cela démontre la proximité du politique et ça rajoute une note exotique toujours très « savoureuse ».

Ilham,  et d’autres ne répondent  pas à ces critères et le NPA vient tout bonnement  (sans le savoir ?) de changer les règles du jeu. Pour faire de la politique dans nos quartiers il faudra dorénavant être soi même, que l’on porte un foulard, un boubou, un col Mao, un T-shirt, un costume gris ou un bleu de chine, l’essentiel n’est plus dans l’apparence et la communication mais dans l’épaisseur du discours politique, la fermeté de l’engagement, les convictions et le courage. Ces élus issus de l’immigration post coloniale existent déjà et certains font honneur à leur mandat, non pas qu’ils/elles soient les élus de telle ou telle communauté, mais simplement parce que leur promotion démocratique ne s’est pas accompagnée d’un reniement, ou d’un abandon des causes qu’ils/elles ont défendues !

A l’intérieur et à l’extérieur des partis  une nouvelle offre politique voit progressivement le jour, à Marseille, Paris, Lyon, Lille et partout ailleurs, des collectifs d’associations se montent dans les quartiers  et commencent à élaborer les prémices d’un socle commun de revendications ; L’unité viendra si les analyses et les objectifs sont les mêmes, il faudra alors parler de programme et d’organisation…Chaque choses en son temps.

Ce qui est clair c’est qu’aujourd’hui au-delà de la polémique stérile le NPA vient de signifier qu’il en était conscient et que la soumission n’est pas forcément là ou on la croit. Le mouvement social des quartiers populaires est en marche, il aura des alliés et des adversaires…A chacun d’assumer, mais l’histoire à un sens quoi qu’on en dise et la lutte des classes continue !

 

Mohamed BENSAADA

Pour Quartiers Nord/Quartiers forts

Français…Envers et contre tout !

Le paradoxe du débat que le gouvernement, a des fins bassement électoraliste, veut imposer réside dans le fait qu’une identité se construit dans l’intime et que l’identité nationale est un très bel oxymore mais qu’il n’est en rien une réalité.
L’énoncé même de la question est une impasse intellectuelle : « Qu’est ce qu’être Français ? », par tous les bouts qu’on la prenne cette énigme ressemble a celle du sphinx, il s’agit peut être d’une immense catharsis collective dans laquelle nous (les Français) parviendrons a surmonter notre Œdipe sociétal…
Ayant l’esprit particulièrement torve, parce qu’habitué aux débats foireux, aux thèses bancales et aux postulats sans épaisseurs de discours, je m’inscris en faux contre cette redite éhontée de la campagne de 2007, personne n’est dupe de la manœuvre de notre petit timonier national empêtré dans une crise qui le dépasse et dans une dérive autocratique de plus en plus décriée jusque dans son camps ; Il nous ressort le chalut à électeurs du FN pour éviter à l’UMP de faire un séjour au service de réanimation politique après les prochaines élections régionales. Certains dirons que c’est de bonne guerre, mais le populisme et la xénophobie ne font pas partie des armes conventionnelles de l’arsenal politique, ils sont le napalm, les bombes au phosphore blanc et les munitions a l’uranium appauvri du politicien et les utiliser c’est ouvrir une boite de Pandore dont l’Histoire nous apprend l’immense dangerosité de sa manipulation.
Si débat il devait y avoir, c’est l’opinion qui aurait due en être l’instigatrice, mais la rue se préoccupe de ses fins de mois difficile et de son avenir précaire, angoisses auxquelles aucune réponse ne lui est donnée…
Si débat il devait y avoir, de quoi aurions nous discuté ? Existe-t-il une définition du Français ?
C’est en réalité un système de valeurs culturelles, politiques et religieuses qui s’impose a tous les Français, ou a l’image fantasmée du Français que ce débat contribue a ériger en maître étalon de la Francité. Un système qui au lieu de fédérer, tend à exclure une partie non négligeable du corps de la nation réelle. Cette campagne polémique est surtout l’expression criante du désarroi politique dans lequel se trouve la majorité présidentielle, incapable de renier son allégeance a la Nomenklatura financière qui l’a aidée a être élue et en même temps éminemment consciente de l’impopularité du train de mesures prises, en dépit du bon sens, depuis deux ans . Battus d’avance a la simple évocation de son bilan politique et économique la droite Française cède a nouveau a cette tentation irrésistible qui consiste a déplacer le débat de la campagne à venir sur le terrain de son triangle thématique de prédilection : L’Identité, l’Immigration et l’Insécurité, tiercé gagnant assuré dans l’ordre ou le désordre. Evidemment la donne a changée depuis 2007 et la posture prise par Sarkozy ressemble de plus en plus a une imposture, a jouer cet air de déjà vu la majorité réanime le cadavre en putréfaction de l’extrême droite Française. Le FN n’en demandait pas tant…Merci pour eux !

La vraie question n’est pas « qu’est ce qu’être français ?», mais plutôt qui est considéré comme Français ? Ou encore qui est un bon ou un vrai français ?
Pour certains Il faudrait ainsi se sentir bouleversé par le sacre de Clovis, le martyr de Jeanne ou la mort de Roland à Roncevaux pour avoir droit au chapitre, il faudrait planter des drapeaux tricolores le 14 Juillet et hurler la Marseillaise a chaque match de l’équipe de France, il faudrait pour être un bon « prototype » (comme dirait Hortefeux) tremper sa baguette dans de la soupe au cochon et siffler ostentatoirement quelques bières, rire grassement aux blagues racistes, surtout celles sur les arabes, elles sont vraiment poilantes paraît il. Il faut bien sûr être nostalgique de la France d’avant, celle d’Amélie Poulain ou de la Guerre des boutons. Il faudrait être fier d’être Français, et cette vieille rengaine maintes fois répétée résonne comme un mot d’ordre impérieux, un appel au rassemblement et à la cohésion nationale. Il y’a la aussi une idée bizarre sous jacente a cette affirmation, la Révolution de 89 et plus tard la commune ont modelées l’imaginaire de la Nation et ont donné corps a l’idéal égalitaire de la République et à l’universalisme, or lorsque je (nous, tu, ils…) dis que je suis fier d’être Français, d’une part je remplis le vide acoustique, d’autre part cet auto satisfecit est un raccourci excluant toutes celles et ceux qui ne peuvent s’enorgueillir d’être comme moi né ici ou détenteur d’une carte d’identité Française, en somme ma fierté reposerait sur une supériorité et une singularité pré supposée à l’égard des « autres ». On pourrait se contenter de cette sentence et marquer par là notre adhésion implicite au nouveau roman national que Max gallo et d’autres essaient de nous imposer, mais hélas pour eux, une identité se construit dans la complexité et pas dans le simplisme, et l’histoire de France a le mérite d’être d’une grande richesse en vices et en vertus, en lâcheté et en courage, en exemples de résistances et en abdications, en actes d’héroïsme et en débâcles, en justice et en cruauté.
Faut t’il pour être un bon Français faire remonter son arbre généalogique jusqu’à se trouver une parentèle parmi les habitants de la grotte de Lascaux ? Faut-t’il vouer un culte public à la mémoire de Vercingétorix et commémorer chaque année la mort de nos frères tombés à Alesia ?
Le débat sur la lettre de Guy Mocquet fût riche en enseignements et il en dit long sur la relation entre la mémoire collective et cette fameuse identité nationale, parce que d’un coté on a essayé de modeler l’image idéale du jeune français résistant et de l’autre on a méticuleusement passé sous silence son identité communiste, cet exemple est révélateur des arrières pensées attenantes au débat actuel, il démontre que notre rapport a l’histoire est subjectif et que l’identité ne se construit pas sur le mode binaire et a vouloir mettre en exergue le courage de ce jeune homme comme une qualité intrinsèquement française on finit surtout par remettre en lumière le fait que les résistants n’étaient qu’une minorité et que les collabos eux aussi font partie de cette identité nationale !
L’identité se construit pour un individu comme pour une nation dans l’acceptation de tout l’héritage historique, politique et culturel. Le danger de ce débat c’est que son instrumentalisation peut conduire à la construction d’une mythologie nationale qui aurait pour finalité de déterminer l’archétype du Français, son phénotype, ses qualités et son mode vie et de pensée. Hors de ces critères imposés les autres ne seraient que des ersatz de français, des français de papier et rien de plus. Heureusement la République est là pour conférer a cette identité une dimension universelle, parce qu’elle détermine un cadre « légal » et permet l’adhésion a un système de valeurs morales que le triptyque républicain définit : Liberté, Egalité, Fraternité ! Telle est la devise nationale et elle transcende par son ambition humaniste toute la mesquinerie de ce néonationalisme rampant.
On ne peut pas aussi taire le fait que cette polémique tourne autour de la question de l’Islam en France, ou plutôt de la question des musulmans en France, la nuance est importante parce que la tectonique des plaques sociales fait que la société française est confrontée à l’émergence d’une nouvelle classe d’individus dont le niveau culturel, le degré d’instruction et les compétences professionnelles devraient de facto entrainer une élévation sociale, mais qui de par leur confession se retrouve invariablement discriminés, stigmatisés, empêchés. Le débat sur l’identité Nationale est un écran de fumée qui déchaine les passions et brouille le message social de cette catégorie sociale qui aspire avant tout a l’égalité de traitement et d’accès aux droits les plus élémentaires. On agite le spectre du communautarisme a chaque fois qu’une question de fond est posée et on préfère discuter a n’en plus finir des minarets et des Burquas et c’est bien là le courage des nouveaux démagogues qui se disent ouvertement Islamophobe. Pour étayer ces propos il faut se poser la question du statut social et a partir de quel moment la menace islamiste se fait sentir : les femmes de ménages qui portent le foulard ne dérangent personne et ne portent pas atteinte a l’identité nationale, de même les ouvriers maghrébins dans les chantiers ou a l’usine peuvent arborer une barbe insolente sans torturer notre imaginaire collectif. Par contre ces mêmes signes capillaires ou vestimentaires déclenchent une franche hostilité s’ils sont arborés par des jeunes gens qui aspirent et revendiquent une autre place dans la société. Le problème tient a l’essentialisation du débat, les musulmans en France ne se déterminent pas seulement en fonction de leur confession contrairement a ce que le discours islamophobe tend a faire croire, le communautarisme est une dramatisation rhétorique car dans la réalité l’appartenance a une communauté est tout au plus un sentiment et pas une pratique militante de masse. L’islamophobie étant, a mon sens, une réactualisation de l’arabo-phobie consécutive au passif post colonial non encore soldé. Dans l’esprit de beaucoup « l’ennemi intime » est dans la place !
L’identité étant du domaine du personnel je me trouve dans l’obligation d’utiliser la 1ère personne du singulier : ce qui définit un individu, outre l’aspect purement administratif de son identité, c’est sa relation avec les autres, ses attaches familiales, son parcours social, son expérience professionnelle et sa vie amoureuse, son rapport a la spiritualité, son engagement associatif, syndical ou politique, son rapport à la culture et a l’histoire, sa faculté a recevoir les informations, les trier et les analyser, tout un univers mental et ses projections représentatives que nous nous en faisons dans notre quotidien. Si je dis que ma personnalité (plus que mon identité) a pour référence politique Jaurès, Vallès, Louise Michel, Gracchus Babeuf, Saint Just, Proudhon et Blanqui, serais je au regard de ce débat considéré comme un « bon français » ? Le 11 Novembre je rends hommage à la mémoire de toutes les victimes de cet immense carnage que fût la « Grande Guerre » et j’ai une pensée ému à l’évocation de tous ces soldats venus des 4 coins de l’Empire colonial pour voler au secours de la Mère patrie, dans la glaise de la Marne, de la Somme où ils subirent la morsure du gel, furent mitraillés, bombardés, hachés menu par les Shrapnell et asphyxiés par les gaz et l’odeur fétide de la mort, je me demande quelle place ceux-ci occupent dans le chantier en construction de l’identité nationale. Si je dis que pour moi le 8 Mai 45 n’évoque pas seulement l’armistice et la capitulation sans condition du 3ème Reich, mais qu’il ravive en moi la blessure des massacres de Sétif et de Guelma, suis-je un « mauvais français » ?
Si je dis que je pense a l’ironie de l’histoire, quand certains de ceux qui survécurent à l’escalade meurtrière de Monte Cassino se retrouvèrent torturés dans la sinistre villa Mahieddine par les enfants qu’ils avaient défendus 20 ans auparavant…suis-je un « bon français » ?
Comment oublier celles et ceux qui furent jetés dans la Seine un certain 17 Octobre 61 à Paris et comment leur souvenir ne participerait ‘il pas de mon identité ?
Je dois aussi citer, plus près de nous, Malek Oussekine et Ibrahim Ali, la marche des Beurs et l’amer désillusion des années « touche pas à mon pote ! ». Mon identité se forge aussi dans le mépris que je porte a ces parlementaires qui eurent l’indécence de proposer et de voter la loi du 23 Février 2005 (sur les bienfaits de la colonisation). Mon identité va de pair avec la lutte que je mène contre les thèses du Front National et contre la Lepénisation des esprits à laquelle participe allégrement Eric Besson et son débat. D’ailleurs l’immigration choisie et la politique des quotas d’expulsion sont elles représentatives de notre identité nationale ? Plus légèrement ma Francité s’est construite un triste soir de 82 à Séville sur les larmes de Platini et la mâchoire fracassée de Battiston, elle s’est faite dans l’euphorie d’un 12 juillet de 1998 et grâce au double coup de boule de Zidane, mais aussi à Atlanta dans le titre olympique de Djamel Bouras, dans les textes d’IAM et de Kery James, dans la musique de Zebda et de Carte de Séjour…
Un mot sur celui et celle qui ont fait mon identité, sur leurs vies laborieuses d’ouvrier et de femme de ménage, ma seule identité est tributaire du respect que j’ai pour leur abnégation d’homme et de femme outil, ils m’ont transmis l’essentiel : ma dignité et ma conscience de classe, l’ouverture d’esprit et la tolérance, l’honnêteté par-dessus la cupidité, la soif de Justice et ils m’ont patiemment expliqué la chance que j’ai d’être français envers et contre tout !

Mohamed Bensaada
Pour Quartiers nord/Quartiers Forts

Ce que le Capitalisme doit au désespoir (et inversement).

Depuis le Krach financier et depuis que les bourses et les banques se sont refait, en partie, une petite santé, c’est l’économie réelle qui subit désormais l’impact monstrueux de cette crise.

Mais soyons précis tout en revendiquant avec lucidité notre subjectivité, ce n’est pas l’ensemble de l’économie réelle qui amortit ce choc, on se rend compte qu’encore une fois, même s’il faut éviter les raccourcis et les slogans que la note la plus salée est payée par le salariat et plus largement le « précariat ».

Les délocalisations continuent et les licenciements « économiques » battent des records, en France près de 600000 personnes ont perdues leur emploi en 2009, pendant que des grands groupes voyaient le cours de leurs actions s’envoler vers les sommets de l’illusion spéculative.

Si on osait, et en définitive nous osons, nous dirions que le Capitalisme est un système qui prospère sur le malheur de la multitude et qu’il ne profite qu’a une infime minorité de possédants réels ou virtuels. Comme tout le monde nous avons écouté les discours des grands de ce monde et nous avons été très attentifs aux bonnes paroles de notre président Sarkozy, qui revêtant son armure de preux chevalier était parti faire la guerre au « Capitalisme financier » et s’était engagé devant un parterre impressionnant de personnalités du Gotha mondial à moraliser le Capitalisme.

Hélas, trois fois hélas, rien ne vint de son coté, ni d’ailleurs. Non pas que nous attendions grand choses de ces vœux pieux et de cette commisération présidentielle (allez en parler aux camarades de Gandrange), mais notre perplexité est immense devant la complaisance d’une partie de l’opinion et des médias, ainsi que devant l’apathie du plus grand nombre.

Lorsque Mr Sarkozy fait le distinguo entre Capitalisme Financier et Capitalisme tout court il continue à défendre ce système économique basé sur la domination des possédants et la soumission des autres, la vérité c’est que comme la République le Capitalisme est « un et indivisible !»

L’autre escroquerie consiste a nous faire croire que ce système peut être contrôlé, moralisé ou humanisé ; là encore nous rappellerons simplement que le Capitalisme est intrinsèquement barbare  parce que son organisation repose sur la compétition effrénée, l’accaparement des biens et des services, que le libre échangisme commercial exacerbe la concurrence internationale au détriment des productions locales et que le productivisme est un non sens écologique.

Aujourd’hui nous vivons sous le règne du « néo-libéralisme » qui est soit la forme aboutie du Capitalisme si l’on se place du coté de Wall Street, soit l’expression économique d’une phase terminale pour le quidam moyen. Ce néo-libéralisme a vu le jour au tournant des années 80 et il s’est accéléré et décomplexé avec la chute du mur de Berlin et les mandats de Reagan et Thatcher.

Sous ces deux ères politiques l’idée qu’il n’y avait pas d’autres alternatives  s’est imposée, elle est même devenue le crédo absolu du dogme Capitaliste mondial. Le grand prodige c’est qu’avec la chute du mur c’est l’utopie communiste et l’espoir qu’elle pouvait susciter qui a été englouti dans l’effondrement du bloc de l’Est : puisqu’il n’y a pas d’autres solutions ou d’autres systèmes viables tout les excès du Capitalisme sont permis, qu’importe si la planète produit des denrées alimentaires en quantités suffisantes pour nourrir 12 Milliards d’individus (rapport de la FAO 2007) et que dans le même temps 1 Milliard de personnes souffrent de la faim alors que nous ne sommes que 6 Milliards sur Terre !

Qu’importe si des multinationales engrangent des bénéfices colossaux et licencient à tour de bras dans la foulée !

Qu’importe si l’épidémie du SIDA continue de ravager l’Afrique, l’Asie et une partie de l’Amérique du Sud pendant que les grands Trusts pharmaceutiques freinent la production des médicaments génériques moins onéreux pour les populations autochtones !

Qu’importe si le Copyright et le brevetage compulsif et hystérique des semences, du végétal, de l’animal, de la culture et du savoir continue, qu’importe tout a un prix, tout doit être rentable, l’air, l’eau, la santé, la nourriture, les loisirs, la famille et les amis Facebookés ou Twitterisées dans une grande entreprise d’abrutissement collectif. Tout doit se vendre et s’acheter, nos vies doivent être intégralement monétarisées. Jusqu’à l’espoir et au rêve, l’aspiration a une vie meilleure a été remplacée par l’appât du gain, le Loto et l’Euromillion sont devenus les seules échappatoires  a nos vie précarisées par l’aliénation au travail ou a l’absence de travail !

Le désastre continue pourtant parce que l’individualisation extrême de notre société pousse la logique ultra libérale à l’audace alors que nous nous arque boutons chacun dans notre coin pour défendre le peu que nous avons, au détriment de notre dignité et de notre humanité.

Le Capitalisme n’est pas un humanisme et il tend à l’annihilation  totale du progrès social ! 

Le Capitalisme est anti démocratique car il peut sans problèmes se passer du citoyen, voir même du travailleur, il n’a besoin que du consommateur ! 

Ce que le Capitalisme doit au désespoir et inversement nous le voyons chaque jour autour de nous, ce monde d’une froideur sidérante, cette actualité qui nous révulse et nous révolte : comment peut on encore défendre un système qui pousse des hommes et des femmes à se suicider sur leur lieu de travail ou a cause de leur travail, ou encore parce qu’ils n’ont pas de travail ? Nous avons une pensée ému à l’égard des 25 travailleurs et travailleuses Telecom et nous témoignons de notre sincère sollicitude à l’égard de leurs familles. Quel était la profondeur de leurs détresses respectives pour en arriver là ?  Comment se dégager de cette étreinte asphyxiante ? Le travail est devenu un calvaire pour beaucoup…une souffrance invivable.

 L’autre arme du Capitalisme est l’aliénation à la surconsommation et la dépendance au crédit qui  avec le nombre grandissant des dossiers de surendettement fait lui aussi des victimes et des drames innombrables.

Ces questions nous les vivons dans nos entourages respectifs, ici dans les quartiers populaires de Marseille la misère n’est pas un effet de style ou une tournure littéraire elle est là, glauque et dévastatrice, mais des signes d’espoirs et de résistances commencent à pointer au loin et de manière encore homéopathique, des comités de chômeurs se forment, des marches contre la précarité s’organisent, des associations de locataires se dressent contre les institutions et les bailleurs sociaux, des comités de luttes contre l’expulsion des étrangers et contre les expulsions locatives se battent tous les jours et de collectifs d’associations comme le Collectif d’Action et de Réflexion Populaire (C.R.A.P) que nous avons rejoint tentent de monter des chaînes de solidarité active. Toutes ces initiatives sont comme de minuscules étincelles dans l’immense obscurité, mais elles sont porteuses de cette folie qu’est l’espoir d’un monde meilleur, plus juste, cet espoir qui fait que nous ne nous résoudrons pas à abdiquer.

 

 

Quartiers Nord/Quartiers Forts

 

Appel C.R.A.P (Collectif de Reflexion et d’Action Populaire)

Le CRAP (Collectif de Réflexion et d’Action Populaire) est un collectif regroupant des habitants, des associations culturelles, sportives, communautaires, d’éducation populaire, des médias alternatifs, des travailleurs sociaux, des syndicats, des partis politiques… qui vivent, travaillent, militent dans les quartiers populaires.
Face à une crise sociale, économique et écologique de plus en plus violente, dont les quartiers populaires sont les premières victimes, face à des institutions populistes, clientélistes, paternalistes et arrogantes, face aux discriminations, à l’exclusion et à l’injustice sociale d’un système dont les pratiques racistes et post-colonial transpirent depuis les harcèlements policiers jusqu’aux sommets de l’Etat, mais aussi face à un «ordre mondial» de plus en plus inégalitaire et meurtrier qui impose par la force et l’argent la domination de quelques puissances occidentales sur le reste du monde au prix des catastrophes humanitaires les plus horribles, les organisations qui composent le CRAP décident de s’inviter sur la scène politique et sociale pour prendre nos vies, et celle de nos quartiers, en main.
Le rôle du CRAP est, d’une part, de mettre en commun les expériences de chacun de ses membres pour répertorier les nombreux problèmes rencontrés dans les quartiers (emploi, discriminations, logements, inégalités, santé, éducation, transports…) et pour réfléchir collectivement aux moyens d’y remédier en élaborant un «plan d’urgence pour les quartiers populaires».
D’autre part, le CRAP entend mettre en place une «chaine de solidarité» basée sur la mobilisation populaire et capable de répondre efficacement aux ravages d’un capitalisme sauvage qui exclut, aux discriminations, aux pratiques mafieuses de certaines institutions, aux expulsions locatives… Le CRAP a l’ambition de contribuer à la conscientisation des populations de nos quartiers en proposant un outil collectif d’éducation populaire.
Le CRAP est un cadre démocratique ouvert à tout-es celles-ceux qui estiment que les notions de liberté, d’égalité, de justice, de tolérance et de solidarité sont trop importantes pour être laissées entre les mains de quelques élus sans scrupule qui considèrent les habitants de nos quartiers, au pire comme des «racailles» et au mieux comme une réserve de voix.
Il est temps de se mobiliser, de s’unir et de rappeler que la Politique n’est pas une affaire de professionnels, mais qu’au contraire, ce sont les habitants eux-mêmes qui sont les mieux placés pour décider, ensemble, de ce qui est bon pour eux.

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