L’éclat sublime de la médiocrité.

Une analyse politique peut se jauger à l’aune de la
profondeur de la réflexion dont elle est le résultat. Notre époque nous donne
le personnel politique que finalement nous méritons. L’affaire de Toulouse
doit, par sa gravité, nous poser question sur la forme et sur le fond.

Une fois la condamnation des actes abominables perpétrés par
Mohammed Merah unanimement établie, il faudrait que les responsables politiques
se gardent de toutes tentatives de récupération politique de ce drame…dans un
sens comme dans l’autre.

Merah n’est pas un martyr de l’Islam, et le dire c’est déjà
une tentative de justification collective que je regrette parce qu’elle répond
à une mise en cause plus ou moins assumée de toute une communauté.

Lorsque Anders Brejvik à massacré des dizaines d’innocents
personne n’est allé mettre en cause le pape ou les autorités religieuses
protestantes. Pourtant son discours et ses actes étaient aussi décousus
intellectuellement que ceux de Merah…Mais Merah s’appelle Mohamed et de fait,
dans l’esprit de beaucoup, chaque fois qu’un « musulman d’apparence »
(puisque c’est la nouvelle terminologie pour désigner notre altérité) commet
une atrocité il ne fait aucun doute que c’est l’idéologie mortifère de notre religion
qui en est la source, ou notre atavisme violent puisque dès notre plus jeune
âge nous sommes habitués à voir des agneaux égorgés…rappelons aussi que nous
sommes  intrinsèquement des violeurs et
des voleurs, des phallocrates militants et que nous sommes à la pointe de tout
ce que le coté obscur de notre humanité (ou inhumanité ?) peut produire
d’abject, de terrifiant, de monstrueux.

Voilà les bases du débat tel qu’il est posé actuellement.
Comment faire alors pours discuter de ce qui doit l’être, d’homme à homme,
d’égal à égal, dans ces circonstances et dans ce contexte idéologique qui nous
place NOUS les « musulmans d’apparence » dans une situation de
justification permanente et de complicité relative à l’égard de tous les
événements de l’actualité nationale ou internationale, les deux étant
systématiquement liées.

Compliqué, en effet, de répondre à la médiocrité d’un
Longuet qui estimait que les enquêteurs avaient perdu du temps en explorant la
piste de l’extrême droite, parce que pour ce Monsieur comme pour William
Goldnadel il ne faisait aucun doute qu’il ne pouvait s’agir que d’un Musulman.

Difficile aussi de répondre à notre président et  à son gouvernement quant à leur empathie à
géométrie variable dès lors qu’il s’agit d’honorer la mémoire des victimes. Ainsi
Juppé était présent aux obsèques des victimes juives en Israël, et c’est bien
qu’il y soit, mais personne n’a accompagné le militaire « d’apparence
musulmane » au Maroc sur le lieu de son inhumation…étrange émotion que
celle d’une république qui apparemment ne pleure pas ses enfants de la même
manière et le fait ostensiblement savoir !

La victoire idéologique du FN est totale, parce que le
constat amer que j’énonçais plus haut est l’exact ressenti d’un grand nombre de
personnes dans ce pays. Et que les idées du FN ont percolé insidieusement les
autres formations prétendument républicaine. L’UMP,  mais ce n’est plus à discuter ou à démontrer.
Les faits, les décrets, les lois discriminantes et les discours chauvins et
xénophobes  des responsables de cette formation
sont là pour justifier cette assertion.

Mais la contamination est plus large, le mal plus profond
puisque même à « Gauche » le venin s’est propagé, amalgamé et
progressivement installé dans le cœur et dans les têtes des animateurs de ces
formations en général, et plus particulièrement au PS.

Ainsi, dernièrement Monsieur Valls responsable de la
campagne de François Hollande et (l’espère t’il) probable futur ministre de
l’intérieur, s’est fendu d’une déclaration tonitruante et
« abracadabrantesque » sur les dangers de l’islamisation rampante des
quartiers populaires qui seraient investis par un groupuscule
islamo-salafisto-takfiro-gauchiste du nom de « Printemps des
Quartiers ». Et c’est bien entendu là que la médiocrité politique devient
inversement proportionnelle à la profondeur de la réflexion, à la pertinence de
l’analyse et à la « candeur » de l’objectif.

De quoi s’agit-il ? Le PS ne tient plus
(électoralement) les quartiers populaires, et l’équation reposant sur le dogme
de l’électorat captif semble de plus en plus caduque. La campagne de François
Hollande patinant depuis les attentats de Toulouse et la montée en puissance du
Front de Gauche alarme le staff Hollande qui comprend à nouveau que son salut
viendra (peut être) de ces quartiers populaires que le PS comme l’UMP à relégué
socialement, économiquement et politiquement. Mais le « Printemps des
Quartiers » est une épine dans le pied de cette stratégie opportuniste…Un
communiqué de  Monsieur Valls nous
apprend que : « Depuis plusieurs semaines, des
figures controversées de l’islamisme et du communautarisme sillonnent nos
banlieues sous la bannière du ‘Printemps des Quartiers’ », des meetings et
conférences au cours desquelles « la République est sans cesse attaquée».
L’agressivité
et la gravité de l’accusation peuvent étonner voir ébranler certaines
convictions. Mais ne nous y trompons pas cette réaction ne s’explique que par
la lâcheté intellectuelle et le recours systématique au discours anxiogène sur
l’islamisme et le communautarisme et que l’opinion relie invariablement, par
réflexe pavlovien, au terrorisme, à Al Qaïda, aux talibans etc. Mr Valls sait
pertinemment que si sa mise en accusation malhonnête de ce mouvement rencontre
un écho médiatique et que si elle est reprise par d’autres, cela équivaut à une
mise à mort politique sans autre forme de procès. Le procédé est odieux et les
ficelles sont grosses, bien trop grosses pour que nous nous laissions intimider
par des propos sans fondements.

« Printemps des Quartiers » est une tentative de re-politisation
de nos quartiers populaires, qui ne se fait ni par le biais de l’Islam, ni par
le biais communautaire, la diversité des acteurs et des participants est là
pour en témoigner. Elle se fait de manière farouchement autonome et ne s’est
pas, jusqu’à présent, fait récupérer par qui que ce soit…et c’est ce qui gêne
Mr Valls, parce que la lucidité, la fermeté de ce mouvement et l’écho qu’il
rencontre dans les quartiers affole le PS qui n’a pu réitérer son hold up
politique de 83, en récupérant la « marche pour l’égalité et les droits »
et l’a transformé en « marche des beurs » apolitisée et vidée   de son essence politique  en escamotant le potentiel hautement
subversif des revendications légitimes de cette génération, en les substituant
par toute une cacophonie folklorique paternaliste et infantilisante…remplaçant
les rêves de justice et d’égalité par une petite main jaune et un slogan
tragicomique.

Ce qui gêne Mr Valls et ses amis c’est que, ce n’est pas la
république qui est attaquée  comme il le
prétend, mais bien  les partis politiques
au pouvoir depuis 30 ans, parce que c’est leur  interprétation inégalitaire et discriminante
de la République qui est mise en cause. En outre Mr Valls se réapproprie la
stratégie rhétorique des Le Pen père et fille, lorsqu’il parle de lui il parle
de République, tout comme les Le Pen parle de la France en parlant d’eux même.
Les Le Pen ne sont pas la France ! Leur histoire, leur culture politique
et leur vision de la société en font les héritiers de la collaboration, de
Vichy, de Maurras et de Brashillac…ils ne sont que cette France là !

Tout comme Mr Valls n’est pas l’oracle de la République, et
il est temps que lui comme d’autres arrêtent de se prendre pour les
gardiens  du temple, parce qu’avant de
parler de république il faudra avoir un débat sur ce que lui et ses amis entendent
par ce mot qui dans leurs bouches sonne creux, ils ne sont pas les dépositaires
des vertus de la république, au mieux ils en incarnent quelques vices.

Ce qui incommode Mr Valls c’est qu’il n’y a aucune
mansuétude à l’égard du PS et que la décadence de ce parti est régulièrement rappelée
par les participants du Printemps des Quartiers qui subissent au quotidien le
racisme de l’UMP et  le paternalisme
étouffant du PS. Auquel il faut ajouter  l’affairisme, le clientélisme, le népotisme et
l’instrumentalisation politique de la « diversité ». Dois- je
rappeler à Mr Valls les affaires en cours dans les bouches du Rhône et dans le
Nord ? Dois-je rappeler à Mr Valls l’emprise tutélaire de Guérini, de
Frêche et d’autres barons de la Rose sur leurs fédérations respectives ?
Dois-je lui rappeler les subventions du conseil régional PACA ? Dois-je
lui rappeler de nettoyer devant sa porte avant de jeter des anathèmes et des
sorts au gens que sa formation ne subjugue plus ? Dois-je lui rappeler que
ces quartiers, comme le marché de sa bonne ville d’Evry, sont pleins de non « Blancos
– Whites – Blancs
 »,
comme il aime à s’en émouvoir ? Dois-je
enfin lui rappeler que pour grimper à l’échelle, il vaut mieux avoir son séant
propre ?

Voilà en un mot comme en cent ce que m’inspire la triste
réalité du débat politique français…la nausée devant l’éclat sublime de la
médiocrité.

 

BENSAADA
Mohamed

Acteur
associatif participant au Printemps des Quartiers à Marseille

 

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