Français…Envers et contre tout !

Le paradoxe du débat que le gouvernement, a des fins bassement électoraliste, veut imposer réside dans le fait qu’une identité se construit dans l’intime et que l’identité nationale est un très bel oxymore mais qu’il n’est en rien une réalité.
L’énoncé même de la question est une impasse intellectuelle : « Qu’est ce qu’être Français ? », par tous les bouts qu’on la prenne cette énigme ressemble a celle du sphinx, il s’agit peut être d’une immense catharsis collective dans laquelle nous (les Français) parviendrons a surmonter notre Œdipe sociétal…
Ayant l’esprit particulièrement torve, parce qu’habitué aux débats foireux, aux thèses bancales et aux postulats sans épaisseurs de discours, je m’inscris en faux contre cette redite éhontée de la campagne de 2007, personne n’est dupe de la manœuvre de notre petit timonier national empêtré dans une crise qui le dépasse et dans une dérive autocratique de plus en plus décriée jusque dans son camps ; Il nous ressort le chalut à électeurs du FN pour éviter à l’UMP de faire un séjour au service de réanimation politique après les prochaines élections régionales. Certains dirons que c’est de bonne guerre, mais le populisme et la xénophobie ne font pas partie des armes conventionnelles de l’arsenal politique, ils sont le napalm, les bombes au phosphore blanc et les munitions a l’uranium appauvri du politicien et les utiliser c’est ouvrir une boite de Pandore dont l’Histoire nous apprend l’immense dangerosité de sa manipulation.
Si débat il devait y avoir, c’est l’opinion qui aurait due en être l’instigatrice, mais la rue se préoccupe de ses fins de mois difficile et de son avenir précaire, angoisses auxquelles aucune réponse ne lui est donnée…
Si débat il devait y avoir, de quoi aurions nous discuté ? Existe-t-il une définition du Français ?
C’est en réalité un système de valeurs culturelles, politiques et religieuses qui s’impose a tous les Français, ou a l’image fantasmée du Français que ce débat contribue a ériger en maître étalon de la Francité. Un système qui au lieu de fédérer, tend à exclure une partie non négligeable du corps de la nation réelle. Cette campagne polémique est surtout l’expression criante du désarroi politique dans lequel se trouve la majorité présidentielle, incapable de renier son allégeance a la Nomenklatura financière qui l’a aidée a être élue et en même temps éminemment consciente de l’impopularité du train de mesures prises, en dépit du bon sens, depuis deux ans . Battus d’avance a la simple évocation de son bilan politique et économique la droite Française cède a nouveau a cette tentation irrésistible qui consiste a déplacer le débat de la campagne à venir sur le terrain de son triangle thématique de prédilection : L’Identité, l’Immigration et l’Insécurité, tiercé gagnant assuré dans l’ordre ou le désordre. Evidemment la donne a changée depuis 2007 et la posture prise par Sarkozy ressemble de plus en plus a une imposture, a jouer cet air de déjà vu la majorité réanime le cadavre en putréfaction de l’extrême droite Française. Le FN n’en demandait pas tant…Merci pour eux !

La vraie question n’est pas « qu’est ce qu’être français ?», mais plutôt qui est considéré comme Français ? Ou encore qui est un bon ou un vrai français ?
Pour certains Il faudrait ainsi se sentir bouleversé par le sacre de Clovis, le martyr de Jeanne ou la mort de Roland à Roncevaux pour avoir droit au chapitre, il faudrait planter des drapeaux tricolores le 14 Juillet et hurler la Marseillaise a chaque match de l’équipe de France, il faudrait pour être un bon « prototype » (comme dirait Hortefeux) tremper sa baguette dans de la soupe au cochon et siffler ostentatoirement quelques bières, rire grassement aux blagues racistes, surtout celles sur les arabes, elles sont vraiment poilantes paraît il. Il faut bien sûr être nostalgique de la France d’avant, celle d’Amélie Poulain ou de la Guerre des boutons. Il faudrait être fier d’être Français, et cette vieille rengaine maintes fois répétée résonne comme un mot d’ordre impérieux, un appel au rassemblement et à la cohésion nationale. Il y’a la aussi une idée bizarre sous jacente a cette affirmation, la Révolution de 89 et plus tard la commune ont modelées l’imaginaire de la Nation et ont donné corps a l’idéal égalitaire de la République et à l’universalisme, or lorsque je (nous, tu, ils…) dis que je suis fier d’être Français, d’une part je remplis le vide acoustique, d’autre part cet auto satisfecit est un raccourci excluant toutes celles et ceux qui ne peuvent s’enorgueillir d’être comme moi né ici ou détenteur d’une carte d’identité Française, en somme ma fierté reposerait sur une supériorité et une singularité pré supposée à l’égard des « autres ». On pourrait se contenter de cette sentence et marquer par là notre adhésion implicite au nouveau roman national que Max gallo et d’autres essaient de nous imposer, mais hélas pour eux, une identité se construit dans la complexité et pas dans le simplisme, et l’histoire de France a le mérite d’être d’une grande richesse en vices et en vertus, en lâcheté et en courage, en exemples de résistances et en abdications, en actes d’héroïsme et en débâcles, en justice et en cruauté.
Faut t’il pour être un bon Français faire remonter son arbre généalogique jusqu’à se trouver une parentèle parmi les habitants de la grotte de Lascaux ? Faut-t’il vouer un culte public à la mémoire de Vercingétorix et commémorer chaque année la mort de nos frères tombés à Alesia ?
Le débat sur la lettre de Guy Mocquet fût riche en enseignements et il en dit long sur la relation entre la mémoire collective et cette fameuse identité nationale, parce que d’un coté on a essayé de modeler l’image idéale du jeune français résistant et de l’autre on a méticuleusement passé sous silence son identité communiste, cet exemple est révélateur des arrières pensées attenantes au débat actuel, il démontre que notre rapport a l’histoire est subjectif et que l’identité ne se construit pas sur le mode binaire et a vouloir mettre en exergue le courage de ce jeune homme comme une qualité intrinsèquement française on finit surtout par remettre en lumière le fait que les résistants n’étaient qu’une minorité et que les collabos eux aussi font partie de cette identité nationale !
L’identité se construit pour un individu comme pour une nation dans l’acceptation de tout l’héritage historique, politique et culturel. Le danger de ce débat c’est que son instrumentalisation peut conduire à la construction d’une mythologie nationale qui aurait pour finalité de déterminer l’archétype du Français, son phénotype, ses qualités et son mode vie et de pensée. Hors de ces critères imposés les autres ne seraient que des ersatz de français, des français de papier et rien de plus. Heureusement la République est là pour conférer a cette identité une dimension universelle, parce qu’elle détermine un cadre « légal » et permet l’adhésion a un système de valeurs morales que le triptyque républicain définit : Liberté, Egalité, Fraternité ! Telle est la devise nationale et elle transcende par son ambition humaniste toute la mesquinerie de ce néonationalisme rampant.
On ne peut pas aussi taire le fait que cette polémique tourne autour de la question de l’Islam en France, ou plutôt de la question des musulmans en France, la nuance est importante parce que la tectonique des plaques sociales fait que la société française est confrontée à l’émergence d’une nouvelle classe d’individus dont le niveau culturel, le degré d’instruction et les compétences professionnelles devraient de facto entrainer une élévation sociale, mais qui de par leur confession se retrouve invariablement discriminés, stigmatisés, empêchés. Le débat sur l’identité Nationale est un écran de fumée qui déchaine les passions et brouille le message social de cette catégorie sociale qui aspire avant tout a l’égalité de traitement et d’accès aux droits les plus élémentaires. On agite le spectre du communautarisme a chaque fois qu’une question de fond est posée et on préfère discuter a n’en plus finir des minarets et des Burquas et c’est bien là le courage des nouveaux démagogues qui se disent ouvertement Islamophobe. Pour étayer ces propos il faut se poser la question du statut social et a partir de quel moment la menace islamiste se fait sentir : les femmes de ménages qui portent le foulard ne dérangent personne et ne portent pas atteinte a l’identité nationale, de même les ouvriers maghrébins dans les chantiers ou a l’usine peuvent arborer une barbe insolente sans torturer notre imaginaire collectif. Par contre ces mêmes signes capillaires ou vestimentaires déclenchent une franche hostilité s’ils sont arborés par des jeunes gens qui aspirent et revendiquent une autre place dans la société. Le problème tient a l’essentialisation du débat, les musulmans en France ne se déterminent pas seulement en fonction de leur confession contrairement a ce que le discours islamophobe tend a faire croire, le communautarisme est une dramatisation rhétorique car dans la réalité l’appartenance a une communauté est tout au plus un sentiment et pas une pratique militante de masse. L’islamophobie étant, a mon sens, une réactualisation de l’arabo-phobie consécutive au passif post colonial non encore soldé. Dans l’esprit de beaucoup « l’ennemi intime » est dans la place !
L’identité étant du domaine du personnel je me trouve dans l’obligation d’utiliser la 1ère personne du singulier : ce qui définit un individu, outre l’aspect purement administratif de son identité, c’est sa relation avec les autres, ses attaches familiales, son parcours social, son expérience professionnelle et sa vie amoureuse, son rapport a la spiritualité, son engagement associatif, syndical ou politique, son rapport à la culture et a l’histoire, sa faculté a recevoir les informations, les trier et les analyser, tout un univers mental et ses projections représentatives que nous nous en faisons dans notre quotidien. Si je dis que ma personnalité (plus que mon identité) a pour référence politique Jaurès, Vallès, Louise Michel, Gracchus Babeuf, Saint Just, Proudhon et Blanqui, serais je au regard de ce débat considéré comme un « bon français » ? Le 11 Novembre je rends hommage à la mémoire de toutes les victimes de cet immense carnage que fût la « Grande Guerre » et j’ai une pensée ému à l’évocation de tous ces soldats venus des 4 coins de l’Empire colonial pour voler au secours de la Mère patrie, dans la glaise de la Marne, de la Somme où ils subirent la morsure du gel, furent mitraillés, bombardés, hachés menu par les Shrapnell et asphyxiés par les gaz et l’odeur fétide de la mort, je me demande quelle place ceux-ci occupent dans le chantier en construction de l’identité nationale. Si je dis que pour moi le 8 Mai 45 n’évoque pas seulement l’armistice et la capitulation sans condition du 3ème Reich, mais qu’il ravive en moi la blessure des massacres de Sétif et de Guelma, suis-je un « mauvais français » ?
Si je dis que je pense a l’ironie de l’histoire, quand certains de ceux qui survécurent à l’escalade meurtrière de Monte Cassino se retrouvèrent torturés dans la sinistre villa Mahieddine par les enfants qu’ils avaient défendus 20 ans auparavant…suis-je un « bon français » ?
Comment oublier celles et ceux qui furent jetés dans la Seine un certain 17 Octobre 61 à Paris et comment leur souvenir ne participerait ‘il pas de mon identité ?
Je dois aussi citer, plus près de nous, Malek Oussekine et Ibrahim Ali, la marche des Beurs et l’amer désillusion des années « touche pas à mon pote ! ». Mon identité se forge aussi dans le mépris que je porte a ces parlementaires qui eurent l’indécence de proposer et de voter la loi du 23 Février 2005 (sur les bienfaits de la colonisation). Mon identité va de pair avec la lutte que je mène contre les thèses du Front National et contre la Lepénisation des esprits à laquelle participe allégrement Eric Besson et son débat. D’ailleurs l’immigration choisie et la politique des quotas d’expulsion sont elles représentatives de notre identité nationale ? Plus légèrement ma Francité s’est construite un triste soir de 82 à Séville sur les larmes de Platini et la mâchoire fracassée de Battiston, elle s’est faite dans l’euphorie d’un 12 juillet de 1998 et grâce au double coup de boule de Zidane, mais aussi à Atlanta dans le titre olympique de Djamel Bouras, dans les textes d’IAM et de Kery James, dans la musique de Zebda et de Carte de Séjour…
Un mot sur celui et celle qui ont fait mon identité, sur leurs vies laborieuses d’ouvrier et de femme de ménage, ma seule identité est tributaire du respect que j’ai pour leur abnégation d’homme et de femme outil, ils m’ont transmis l’essentiel : ma dignité et ma conscience de classe, l’ouverture d’esprit et la tolérance, l’honnêteté par-dessus la cupidité, la soif de Justice et ils m’ont patiemment expliqué la chance que j’ai d’être français envers et contre tout !

Mohamed Bensaada
Pour Quartiers nord/Quartiers Forts

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