Lettre Ouverte à Jean Claude GAUDIN

Marseille, le 17 janvier 2010

Monsieur le Maire,

Tout le monde ne parle plus que de votre dernier « dérapage », celui où vous parlez de « musulmans qui ont déferlé dans les rues de Marseille… ». Je dis dernier parce que ce n’est pas le premier dans le genre et que vous avez indubitablement un mal fou à nommer une certaine catégorie de la population que vous administrez. Pour votre défense vous n’êtes pas le seul à avoir du mal à le faire et cette difficulté en dit long sur les dégâts de ce passif post colonial non soldé, qui ressurgit avec brutalité comme un non dit trop longtemps refoulé.
Depuis que Mr Besson, en bonne intelligence avec Mr Sarkozy a décidé d’instrumentaliser politiquement le débat sur l’identité nationale il ne se passe pas un jour sans que l’on entende une déclaration outrancière et stigmatisante à l’égard de la population de confession musulmane en France.
Je ne souhaite pas participer à ce débat qui ressemble de plus en plus à une mise en accusation publique des musulmans de France. D’ailleurs puisque nous en sommes aux calculs nous verrons bien si cette tactique sera payante pour vous…nous verrons bien à qui profite la manœuvre et qui se délectera de la tessiture poisseuse de tout ce débat, nous verrons bien assez vite ressurgir les remugles fétides de ces années (pas si lointaines) où le FN prospérait, nous verrons bien que les mots en politique ne sont pas sans conséquences et que des déclarations comme celle que vous avez faîte(s) sont autant d’électrochocs salutaires appliqués au corps léthargique de l’extrême droite française.
Loin de revenir sur vos propos vous répondez au jeune homme, militant de votre parti, avec une condescendance et un paternalisme consternant, parce que évidemment il ne peut pas comprendre les subtilités de la langue française que vous maitrisez au-delà de la moyenne et qui font que lorsque vous dites une énormité, celle-ci n’en est une que dans l’oreille et dans le cœur de celles et ceux que vous blessez !
Vous dîtes, Monsieur le Maire, que Marseille a vu déferler 15000 musulmans dans ces rues, avez-vous idée de l’imagerie d’épouvante que vous projetez dans l’inconscient collectif de vos concitoyens ? Ce sont les vagues (d’un Tsunami) qui déferlent, les hordes de barbares ou les rats qui déferlent, ce ne sont pas les « braves gens » qui déferlent !!!
Vous dites dans votre réponse que Marseille subit l’immigration et que vous vous efforcer « d’assimiler » les couches successives de population qui y débarquent et là encore vous persistez et vous signez votre résolution sans équivoque à utiliser un raisonnement et une sémantique propre à la tradition réactionnaire.
Vous dites, à mots couverts, que lorsqu’on est Français depuis pas très longtemps il y a des us et des coutumes à respecter et que pour « bien s’intégrer » il faut brosser l’autochtone dans le sens du poil et user de force symboles pour « amadouer » l’hôte, et on atteint là un degré de surréalisme rarement égalé depuis les Marx Brothers ou les Monty python, parce que au-delà de la mauvaise foi qui ne vous a fait voir que des drapeaux algériens ce soir là, cet argument frôle l’indécence, que nous demandez vous au juste ? De réaffirmer notre Francité quel que soit le contexte et de façon permanente, faut il pour vous complaire se draper dans un drapeau tricolore en toute circonstance ?
J’ajoute que nous étions partie prenante de ce « déferlement » et que je m’inscris en faux contre l’affirmation que vous avez maintenue et réitérée qu’il n’y avait que des drapeaux algériens, c’était un soir de fête à la Marseillaise, plein de joie, de gouaille populaire et cosmopolite, il y avait des drapeaux algériens , français, marocains, tunisiens, des drapeaux berbères et des drapeaux turcs et des drapeaux connus et inconnus…toutes et tous étaient là dans un esprit festif avec cette folle envie de communier dans la joie. Ce que vous interprétez comme une offense à la terre d’accueil n’est pas l’expression d’un nationalisme algérien exacerbé, ni même le signe d’une double allégeance ! Ce n’est que la volonté de faire la fête et de l’exprimer dans un cadre informel et permissif que seul le sport, et en particulier, le football est capable de produire.
Mr Besson regrette que les débordements marginaux qui ont eu lieu lors de ces manifestations spontanées de joie populaire, n’ait pas subit un traitement médiatique aussi conséquent que la fameuse « main de Thierry Henri », et venant de lui peu de choses m’étonnent encore, sachant que la juxtaposition de ces deux événements est totalement incongrue et que si il lui reste une parcelle d’honnêteté intellectuelle il sera d’accord pour analyser les exactions commises lors de cette soirée comme étant le fait d’une frange de « hooligans » qui sévissent à chaque soir de grands match à Marseille, qu’il s’agisse de l’équipe de l’OM, de la France ou de l’Algérie.
Pour en finir et vous laisser vaquer à vos occupations de 1er magistrat de notre bonne ville, je vous dirais que nous nous méfions de toutes les tentatives d’instrumentalisation du nationalisme quel qu’il soit et que la devise de la République reste encore « Liberté, Égalité, Fraternité » et qu’en conséquence nous vous demandons de continuer à débattre de l’identité nationale, si vous le souhaitez, dans le cadre que lui confère le triptyque républicain et en gardant à l’esprit que l’unité ne se fait jamais dans la polémique, la stigmatisation et l’exclusion.
Comme les interventions dans la salle vous l’ont déjà signifié il n’y a pas eu de « déferlement de musulmans sur Marseille » ce soir là, il n’y a eu que des Marseillaises et des Marseillais, Français, pour la plupart qui ont manifesté leur joie et leur attachement a leur pays d’origine sans aucune volonté de signifier leur désamour de la France, parce qu’en Amour l’exclusive est parfois une entrave ; Oui on peut sans problème aimer l’Algérie et la France, L’Italie et la France, l’Arménie et la France, le reste du monde et la France, comme on aime son père et sa mère…
Recevez, Monsieur le Maire, l’expression de notre indignation courroucée.

BENSAADA Mohamed
Pour Quartiers Nord/Quartiers Forts




Français…Envers et contre tout !

Le paradoxe du débat que le gouvernement, a des fins bassement électoraliste, veut imposer réside dans le fait qu’une identité se construit dans l’intime et que l’identité nationale est un très bel oxymore mais qu’il n’est en rien une réalité.
L’énoncé même de la question est une impasse intellectuelle : « Qu’est ce qu’être Français ? », par tous les bouts qu’on la prenne cette énigme ressemble a celle du sphinx, il s’agit peut être d’une immense catharsis collective dans laquelle nous (les Français) parviendrons a surmonter notre Œdipe sociétal…
Ayant l’esprit particulièrement torve, parce qu’habitué aux débats foireux, aux thèses bancales et aux postulats sans épaisseurs de discours, je m’inscris en faux contre cette redite éhontée de la campagne de 2007, personne n’est dupe de la manœuvre de notre petit timonier national empêtré dans une crise qui le dépasse et dans une dérive autocratique de plus en plus décriée jusque dans son camps ; Il nous ressort le chalut à électeurs du FN pour éviter à l’UMP de faire un séjour au service de réanimation politique après les prochaines élections régionales. Certains dirons que c’est de bonne guerre, mais le populisme et la xénophobie ne font pas partie des armes conventionnelles de l’arsenal politique, ils sont le napalm, les bombes au phosphore blanc et les munitions a l’uranium appauvri du politicien et les utiliser c’est ouvrir une boite de Pandore dont l’Histoire nous apprend l’immense dangerosité de sa manipulation.
Si débat il devait y avoir, c’est l’opinion qui aurait due en être l’instigatrice, mais la rue se préoccupe de ses fins de mois difficile et de son avenir précaire, angoisses auxquelles aucune réponse ne lui est donnée…
Si débat il devait y avoir, de quoi aurions nous discuté ? Existe-t-il une définition du Français ?
C’est en réalité un système de valeurs culturelles, politiques et religieuses qui s’impose a tous les Français, ou a l’image fantasmée du Français que ce débat contribue a ériger en maître étalon de la Francité. Un système qui au lieu de fédérer, tend à exclure une partie non négligeable du corps de la nation réelle. Cette campagne polémique est surtout l’expression criante du désarroi politique dans lequel se trouve la majorité présidentielle, incapable de renier son allégeance a la Nomenklatura financière qui l’a aidée a être élue et en même temps éminemment consciente de l’impopularité du train de mesures prises, en dépit du bon sens, depuis deux ans . Battus d’avance a la simple évocation de son bilan politique et économique la droite Française cède a nouveau a cette tentation irrésistible qui consiste a déplacer le débat de la campagne à venir sur le terrain de son triangle thématique de prédilection : L’Identité, l’Immigration et l’Insécurité, tiercé gagnant assuré dans l’ordre ou le désordre. Evidemment la donne a changée depuis 2007 et la posture prise par Sarkozy ressemble de plus en plus a une imposture, a jouer cet air de déjà vu la majorité réanime le cadavre en putréfaction de l’extrême droite Française. Le FN n’en demandait pas tant…Merci pour eux !

La vraie question n’est pas « qu’est ce qu’être français ?», mais plutôt qui est considéré comme Français ? Ou encore qui est un bon ou un vrai français ?
Pour certains Il faudrait ainsi se sentir bouleversé par le sacre de Clovis, le martyr de Jeanne ou la mort de Roland à Roncevaux pour avoir droit au chapitre, il faudrait planter des drapeaux tricolores le 14 Juillet et hurler la Marseillaise a chaque match de l’équipe de France, il faudrait pour être un bon « prototype » (comme dirait Hortefeux) tremper sa baguette dans de la soupe au cochon et siffler ostentatoirement quelques bières, rire grassement aux blagues racistes, surtout celles sur les arabes, elles sont vraiment poilantes paraît il. Il faut bien sûr être nostalgique de la France d’avant, celle d’Amélie Poulain ou de la Guerre des boutons. Il faudrait être fier d’être Français, et cette vieille rengaine maintes fois répétée résonne comme un mot d’ordre impérieux, un appel au rassemblement et à la cohésion nationale. Il y’a la aussi une idée bizarre sous jacente a cette affirmation, la Révolution de 89 et plus tard la commune ont modelées l’imaginaire de la Nation et ont donné corps a l’idéal égalitaire de la République et à l’universalisme, or lorsque je (nous, tu, ils…) dis que je suis fier d’être Français, d’une part je remplis le vide acoustique, d’autre part cet auto satisfecit est un raccourci excluant toutes celles et ceux qui ne peuvent s’enorgueillir d’être comme moi né ici ou détenteur d’une carte d’identité Française, en somme ma fierté reposerait sur une supériorité et une singularité pré supposée à l’égard des « autres ». On pourrait se contenter de cette sentence et marquer par là notre adhésion implicite au nouveau roman national que Max gallo et d’autres essaient de nous imposer, mais hélas pour eux, une identité se construit dans la complexité et pas dans le simplisme, et l’histoire de France a le mérite d’être d’une grande richesse en vices et en vertus, en lâcheté et en courage, en exemples de résistances et en abdications, en actes d’héroïsme et en débâcles, en justice et en cruauté.
Faut t’il pour être un bon Français faire remonter son arbre généalogique jusqu’à se trouver une parentèle parmi les habitants de la grotte de Lascaux ? Faut-t’il vouer un culte public à la mémoire de Vercingétorix et commémorer chaque année la mort de nos frères tombés à Alesia ?
Le débat sur la lettre de Guy Mocquet fût riche en enseignements et il en dit long sur la relation entre la mémoire collective et cette fameuse identité nationale, parce que d’un coté on a essayé de modeler l’image idéale du jeune français résistant et de l’autre on a méticuleusement passé sous silence son identité communiste, cet exemple est révélateur des arrières pensées attenantes au débat actuel, il démontre que notre rapport a l’histoire est subjectif et que l’identité ne se construit pas sur le mode binaire et a vouloir mettre en exergue le courage de ce jeune homme comme une qualité intrinsèquement française on finit surtout par remettre en lumière le fait que les résistants n’étaient qu’une minorité et que les collabos eux aussi font partie de cette identité nationale !
L’identité se construit pour un individu comme pour une nation dans l’acceptation de tout l’héritage historique, politique et culturel. Le danger de ce débat c’est que son instrumentalisation peut conduire à la construction d’une mythologie nationale qui aurait pour finalité de déterminer l’archétype du Français, son phénotype, ses qualités et son mode vie et de pensée. Hors de ces critères imposés les autres ne seraient que des ersatz de français, des français de papier et rien de plus. Heureusement la République est là pour conférer a cette identité une dimension universelle, parce qu’elle détermine un cadre « légal » et permet l’adhésion a un système de valeurs morales que le triptyque républicain définit : Liberté, Egalité, Fraternité ! Telle est la devise nationale et elle transcende par son ambition humaniste toute la mesquinerie de ce néonationalisme rampant.
On ne peut pas aussi taire le fait que cette polémique tourne autour de la question de l’Islam en France, ou plutôt de la question des musulmans en France, la nuance est importante parce que la tectonique des plaques sociales fait que la société française est confrontée à l’émergence d’une nouvelle classe d’individus dont le niveau culturel, le degré d’instruction et les compétences professionnelles devraient de facto entrainer une élévation sociale, mais qui de par leur confession se retrouve invariablement discriminés, stigmatisés, empêchés. Le débat sur l’identité Nationale est un écran de fumée qui déchaine les passions et brouille le message social de cette catégorie sociale qui aspire avant tout a l’égalité de traitement et d’accès aux droits les plus élémentaires. On agite le spectre du communautarisme a chaque fois qu’une question de fond est posée et on préfère discuter a n’en plus finir des minarets et des Burquas et c’est bien là le courage des nouveaux démagogues qui se disent ouvertement Islamophobe. Pour étayer ces propos il faut se poser la question du statut social et a partir de quel moment la menace islamiste se fait sentir : les femmes de ménages qui portent le foulard ne dérangent personne et ne portent pas atteinte a l’identité nationale, de même les ouvriers maghrébins dans les chantiers ou a l’usine peuvent arborer une barbe insolente sans torturer notre imaginaire collectif. Par contre ces mêmes signes capillaires ou vestimentaires déclenchent une franche hostilité s’ils sont arborés par des jeunes gens qui aspirent et revendiquent une autre place dans la société. Le problème tient a l’essentialisation du débat, les musulmans en France ne se déterminent pas seulement en fonction de leur confession contrairement a ce que le discours islamophobe tend a faire croire, le communautarisme est une dramatisation rhétorique car dans la réalité l’appartenance a une communauté est tout au plus un sentiment et pas une pratique militante de masse. L’islamophobie étant, a mon sens, une réactualisation de l’arabo-phobie consécutive au passif post colonial non encore soldé. Dans l’esprit de beaucoup « l’ennemi intime » est dans la place !
L’identité étant du domaine du personnel je me trouve dans l’obligation d’utiliser la 1ère personne du singulier : ce qui définit un individu, outre l’aspect purement administratif de son identité, c’est sa relation avec les autres, ses attaches familiales, son parcours social, son expérience professionnelle et sa vie amoureuse, son rapport a la spiritualité, son engagement associatif, syndical ou politique, son rapport à la culture et a l’histoire, sa faculté a recevoir les informations, les trier et les analyser, tout un univers mental et ses projections représentatives que nous nous en faisons dans notre quotidien. Si je dis que ma personnalité (plus que mon identité) a pour référence politique Jaurès, Vallès, Louise Michel, Gracchus Babeuf, Saint Just, Proudhon et Blanqui, serais je au regard de ce débat considéré comme un « bon français » ? Le 11 Novembre je rends hommage à la mémoire de toutes les victimes de cet immense carnage que fût la « Grande Guerre » et j’ai une pensée ému à l’évocation de tous ces soldats venus des 4 coins de l’Empire colonial pour voler au secours de la Mère patrie, dans la glaise de la Marne, de la Somme où ils subirent la morsure du gel, furent mitraillés, bombardés, hachés menu par les Shrapnell et asphyxiés par les gaz et l’odeur fétide de la mort, je me demande quelle place ceux-ci occupent dans le chantier en construction de l’identité nationale. Si je dis que pour moi le 8 Mai 45 n’évoque pas seulement l’armistice et la capitulation sans condition du 3ème Reich, mais qu’il ravive en moi la blessure des massacres de Sétif et de Guelma, suis-je un « mauvais français » ?
Si je dis que je pense a l’ironie de l’histoire, quand certains de ceux qui survécurent à l’escalade meurtrière de Monte Cassino se retrouvèrent torturés dans la sinistre villa Mahieddine par les enfants qu’ils avaient défendus 20 ans auparavant…suis-je un « bon français » ?
Comment oublier celles et ceux qui furent jetés dans la Seine un certain 17 Octobre 61 à Paris et comment leur souvenir ne participerait ‘il pas de mon identité ?
Je dois aussi citer, plus près de nous, Malek Oussekine et Ibrahim Ali, la marche des Beurs et l’amer désillusion des années « touche pas à mon pote ! ». Mon identité se forge aussi dans le mépris que je porte a ces parlementaires qui eurent l’indécence de proposer et de voter la loi du 23 Février 2005 (sur les bienfaits de la colonisation). Mon identité va de pair avec la lutte que je mène contre les thèses du Front National et contre la Lepénisation des esprits à laquelle participe allégrement Eric Besson et son débat. D’ailleurs l’immigration choisie et la politique des quotas d’expulsion sont elles représentatives de notre identité nationale ? Plus légèrement ma Francité s’est construite un triste soir de 82 à Séville sur les larmes de Platini et la mâchoire fracassée de Battiston, elle s’est faite dans l’euphorie d’un 12 juillet de 1998 et grâce au double coup de boule de Zidane, mais aussi à Atlanta dans le titre olympique de Djamel Bouras, dans les textes d’IAM et de Kery James, dans la musique de Zebda et de Carte de Séjour…
Un mot sur celui et celle qui ont fait mon identité, sur leurs vies laborieuses d’ouvrier et de femme de ménage, ma seule identité est tributaire du respect que j’ai pour leur abnégation d’homme et de femme outil, ils m’ont transmis l’essentiel : ma dignité et ma conscience de classe, l’ouverture d’esprit et la tolérance, l’honnêteté par-dessus la cupidité, la soif de Justice et ils m’ont patiemment expliqué la chance que j’ai d’être français envers et contre tout !

Mohamed Bensaada
Pour Quartiers nord/Quartiers Forts

Ce que le Capitalisme doit au désespoir (et inversement).

Depuis le Krach financier et depuis que les bourses et les banques se sont refait, en partie, une petite santé, c’est l’économie réelle qui subit désormais l’impact monstrueux de cette crise.

Mais soyons précis tout en revendiquant avec lucidité notre subjectivité, ce n’est pas l’ensemble de l’économie réelle qui amortit ce choc, on se rend compte qu’encore une fois, même s’il faut éviter les raccourcis et les slogans que la note la plus salée est payée par le salariat et plus largement le « précariat ».

Les délocalisations continuent et les licenciements « économiques » battent des records, en France près de 600000 personnes ont perdues leur emploi en 2009, pendant que des grands groupes voyaient le cours de leurs actions s’envoler vers les sommets de l’illusion spéculative.

Si on osait, et en définitive nous osons, nous dirions que le Capitalisme est un système qui prospère sur le malheur de la multitude et qu’il ne profite qu’a une infime minorité de possédants réels ou virtuels. Comme tout le monde nous avons écouté les discours des grands de ce monde et nous avons été très attentifs aux bonnes paroles de notre président Sarkozy, qui revêtant son armure de preux chevalier était parti faire la guerre au « Capitalisme financier » et s’était engagé devant un parterre impressionnant de personnalités du Gotha mondial à moraliser le Capitalisme.

Hélas, trois fois hélas, rien ne vint de son coté, ni d’ailleurs. Non pas que nous attendions grand choses de ces vœux pieux et de cette commisération présidentielle (allez en parler aux camarades de Gandrange), mais notre perplexité est immense devant la complaisance d’une partie de l’opinion et des médias, ainsi que devant l’apathie du plus grand nombre.

Lorsque Mr Sarkozy fait le distinguo entre Capitalisme Financier et Capitalisme tout court il continue à défendre ce système économique basé sur la domination des possédants et la soumission des autres, la vérité c’est que comme la République le Capitalisme est « un et indivisible !»

L’autre escroquerie consiste a nous faire croire que ce système peut être contrôlé, moralisé ou humanisé ; là encore nous rappellerons simplement que le Capitalisme est intrinsèquement barbare  parce que son organisation repose sur la compétition effrénée, l’accaparement des biens et des services, que le libre échangisme commercial exacerbe la concurrence internationale au détriment des productions locales et que le productivisme est un non sens écologique.

Aujourd’hui nous vivons sous le règne du « néo-libéralisme » qui est soit la forme aboutie du Capitalisme si l’on se place du coté de Wall Street, soit l’expression économique d’une phase terminale pour le quidam moyen. Ce néo-libéralisme a vu le jour au tournant des années 80 et il s’est accéléré et décomplexé avec la chute du mur de Berlin et les mandats de Reagan et Thatcher.

Sous ces deux ères politiques l’idée qu’il n’y avait pas d’autres alternatives  s’est imposée, elle est même devenue le crédo absolu du dogme Capitaliste mondial. Le grand prodige c’est qu’avec la chute du mur c’est l’utopie communiste et l’espoir qu’elle pouvait susciter qui a été englouti dans l’effondrement du bloc de l’Est : puisqu’il n’y a pas d’autres solutions ou d’autres systèmes viables tout les excès du Capitalisme sont permis, qu’importe si la planète produit des denrées alimentaires en quantités suffisantes pour nourrir 12 Milliards d’individus (rapport de la FAO 2007) et que dans le même temps 1 Milliard de personnes souffrent de la faim alors que nous ne sommes que 6 Milliards sur Terre !

Qu’importe si des multinationales engrangent des bénéfices colossaux et licencient à tour de bras dans la foulée !

Qu’importe si l’épidémie du SIDA continue de ravager l’Afrique, l’Asie et une partie de l’Amérique du Sud pendant que les grands Trusts pharmaceutiques freinent la production des médicaments génériques moins onéreux pour les populations autochtones !

Qu’importe si le Copyright et le brevetage compulsif et hystérique des semences, du végétal, de l’animal, de la culture et du savoir continue, qu’importe tout a un prix, tout doit être rentable, l’air, l’eau, la santé, la nourriture, les loisirs, la famille et les amis Facebookés ou Twitterisées dans une grande entreprise d’abrutissement collectif. Tout doit se vendre et s’acheter, nos vies doivent être intégralement monétarisées. Jusqu'à l’espoir et au rêve, l’aspiration a une vie meilleure a été remplacée par l’appât du gain, le Loto et l’Euromillion sont devenus les seules échappatoires  a nos vie précarisées par l’aliénation au travail ou a l’absence de travail !

Le désastre continue pourtant parce que l’individualisation extrême de notre société pousse la logique ultra libérale à l’audace alors que nous nous arque boutons chacun dans notre coin pour défendre le peu que nous avons, au détriment de notre dignité et de notre humanité.

Le Capitalisme n’est pas un humanisme et il tend à l’annihilation  totale du progrès social ! 

Le Capitalisme est anti démocratique car il peut sans problèmes se passer du citoyen, voir même du travailleur, il n’a besoin que du consommateur ! 

Ce que le Capitalisme doit au désespoir et inversement nous le voyons chaque jour autour de nous, ce monde d’une froideur sidérante, cette actualité qui nous révulse et nous révolte : comment peut on encore défendre un système qui pousse des hommes et des femmes à se suicider sur leur lieu de travail ou a cause de leur travail, ou encore parce qu’ils n’ont pas de travail ? Nous avons une pensée ému à l’égard des 25 travailleurs et travailleuses Telecom et nous témoignons de notre sincère sollicitude à l’égard de leurs familles. Quel était la profondeur de leurs détresses respectives pour en arriver là ?  Comment se dégager de cette étreinte asphyxiante ? Le travail est devenu un calvaire pour beaucoup…une souffrance invivable.

 L’autre arme du Capitalisme est l’aliénation à la surconsommation et la dépendance au crédit qui  avec le nombre grandissant des dossiers de surendettement fait lui aussi des victimes et des drames innombrables.

Ces questions nous les vivons dans nos entourages respectifs, ici dans les quartiers populaires de Marseille la misère n’est pas un effet de style ou une tournure littéraire elle est là, glauque et dévastatrice, mais des signes d’espoirs et de résistances commencent à pointer au loin et de manière encore homéopathique, des comités de chômeurs se forment, des marches contre la précarité s’organisent, des associations de locataires se dressent contre les institutions et les bailleurs sociaux, des comités de luttes contre l’expulsion des étrangers et contre les expulsions locatives se battent tous les jours et de collectifs d’associations comme le Collectif d’Action et de Réflexion Populaire (C.R.A.P) que nous avons rejoint tentent de monter des chaînes de solidarité active. Toutes ces initiatives sont comme de minuscules étincelles dans l’immense obscurité, mais elles sont porteuses de cette folie qu’est l’espoir d’un monde meilleur, plus juste, cet espoir qui fait que nous ne nous résoudrons pas à abdiquer.

 

 

Quartiers Nord/Quartiers Forts

 

2ème volet organisation du Forum du Développement social

Vendredi 23 Octobre 2009 – 19H00

A la Kuizin 36, rue Bernard, Belle de mai 13003 Marseille.

 

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Appel C.R.A.P (Collectif de Reflexion et d’Action Populaire)

Le CRAP (Collectif de Réflexion et d’Action Populaire) est un collectif regroupant des habitants, des associations culturelles, sportives, communautaires, d’éducation populaire, des médias alternatifs, des travailleurs sociaux, des syndicats, des partis politiques… qui vivent, travaillent, militent dans les quartiers populaires.
Face à une crise sociale, économique et écologique de plus en plus violente, dont les quartiers populaires sont les premières victimes, face à des institutions populistes, clientélistes, paternalistes et arrogantes, face aux discriminations, à l’exclusion et à l’injustice sociale d’un système dont les pratiques racistes et post-colonial transpirent depuis les harcèlements policiers jusqu’aux sommets de l’Etat, mais aussi face à un «ordre mondial» de plus en plus inégalitaire et meurtrier qui impose par la force et l’argent la domination de quelques puissances occidentales sur le reste du monde au prix des catastrophes humanitaires les plus horribles, les organisations qui composent le CRAP décident de s’inviter sur la scène politique et sociale pour prendre nos vies, et celle de nos quartiers, en main.
Le rôle du CRAP est, d’une part, de mettre en commun les expériences de chacun de ses membres pour répertorier les nombreux problèmes rencontrés dans les quartiers (emploi, discriminations, logements, inégalités, santé, éducation, transports…) et pour réfléchir collectivement aux moyens d’y remédier en élaborant un «plan d’urgence pour les quartiers populaires».
D’autre part, le CRAP entend mettre en place une «chaine de solidarité» basée sur la mobilisation populaire et capable de répondre efficacement aux ravages d’un capitalisme sauvage qui exclut, aux discriminations, aux pratiques mafieuses de certaines institutions, aux expulsions locatives… Le CRAP a l’ambition de contribuer à la conscientisation des populations de nos quartiers en proposant un outil collectif d’éducation populaire.
Le CRAP est un cadre démocratique ouvert à tout-es celles-ceux qui estiment que les notions de liberté, d’égalité, de justice, de tolérance et de solidarité sont trop importantes pour être laissées entre les mains de quelques élus sans scrupule qui considèrent les habitants de nos quartiers, au pire comme des «racailles» et au mieux comme une réserve de voix.
Il est temps de se mobiliser, de s’unir et de rappeler que la Politique n’est pas une affaire de professionnels, mais qu’au contraire, ce sont les habitants eux-mêmes qui sont les mieux placés pour décider, ensemble, de ce qui est bon pour eux.

Forum du Developpement Social des Quartiers Populaires (1er volet)

Forum des Associations et des Habitants des Quartiers Populaires

A l’heure où les uns débattent de la nécessité de primaires à gauche et que les autres continuent à enterrer le peu d’acquis sociaux restant aux couches populaires, aux salariés et aux précaires tout nous porte à croire que l’urgence pour nos quartiers réside dans une prise en main déterminée et organisée de notre avenir collectif.

La solidarité, la justice sociale, l’égalité des droits et la citoyenneté pleine et entière sont des valeurs qui ne sont plus reconnues pour les habitants de nos quartiers, a défaut d’être assumée par la classe politique cette réalité est effective dans notre quotidien !

Nous réclamons un égal accès à l’éducation, à la culture, à l’emploi, à la santé et au logement, nous réclamons une réhabilitation sociale d’ampleur de nos quartiers pour que nous puissions y vivre dans la dignité, la sécurité et le respect mutuel.

Le Forum Social des Quartiers populaires s’articulera autour de réunions citoyennes qui traiteront chacune de thématiques spécifiques :

Cadre de vie (logements, transports, services publics…)

Accès à l’emploi (formation, zones franches…)

Education populaire et Solidarités associatives

Finances publiques et Politiques associatives

Lutte contre les discriminations

Accès à la culture et reconnaissance des cultures urbaines

Quartiers populaires et Politique internationale

Ces thématiques recouvrent de façon non exhaustive les problématiques auxquelles sont confrontés nos publics et elles constituent une part non négligeable du travail de terrain des acteurs associatifs de nos quartiers, la démarche du Forum comme son intitulé l’indique consiste a créer un espace démocratique de réflexion ouvert à tous les types d’expertises possibles mais plus particulièrement à celle des habitants, parce qu’il s’agit d’élaborer une analyse et des propositions qui ne soient pas des réflexions « hors sol » coupée de la réalité. Le Forum prône l’Éducation Populaire comme moteur de sa réflexion, en rappelant que ce concept ne vaut que si la transmission pédagogique est multipolaire et réciproque, il ne s’agit pas d’éduquer les gens mais de réfléchir ensemble à nos problèmes et aux alternatives que nous trouverons pour les dépasser.

Nous appelons tous les camarades militants associatifs et politiques, ainsi que toutes les personnes, jeunes et vieux qui se sentent concernés par le devenir de nos quartiers et qui ne se résignent pas à nous rejoindre dans ce projet et a construire ensemble l’émergence d’une véritable prise de conscience populaire capable de renverser la dynamique négative dans laquelle nos quartiers ont été enfermés depuis des décennies.

1er volet du FSQP le Vendredi 11 Septembre 2009 à 18H30- Local Picon - 218 Chemin de Ste Marthe Campagne Picon bat F2 - 13014 Marseille

Collectif de Réflexion et d’Action Populaire

fsqpmarseille@yahoo.fr

L’Europe sans le Peuple?!?

Le 7 juin dernier nous avons été quelques uns à sacrifier une ou deux heures au  grand rituel  de la liturgie républicaine en allant voter. Nous militons depuis des lustres contre l’abstentionnisme et pour une citoyenneté active des habitants des quartiers populaires. Force est de constater que le travail est encore immense mais que la difficulté majeur n’est pas ou n’est plus dans une sorte de rejet des institutions mais dans le ressenti (légitime ?) de nombreux concitoyens de ne plus « être utile » dans le schéma démocratique actuel !

Du Principe de Désignation/Résignation

60% d’abstention lors de ce scrutin, c’est sans conteste, la seule donnée tangible susceptible d’être analysée, quels enseignements peuvent être tirés de cette défaite de la démocratie européenne ?  à tort ou a raison, les électeurs ne se sont pas sentis concernés par les Européennes 2009. A tort parce que le parlement  européen s’arroge de nouvelles prérogatives et que ces pouvoirs augmentent, et que donc un parlement représentatif de l’ensemble de la population européenne pourrait à terme devenir un outil essentiel de contre pouvoir face aux politiques ultra-libérales de la commission et du conseil de l’union. A raison parce que de guerre lasse, les citoyens qui ont cru aux vertus et au respect de la  Démocratie, mesurent à quel point le traité de Lisbonne qui va leur être imposé relève de l’arbitraire oligarchique, et que la souveraineté démocratique du peuple (Vox Populi, Vox Dei) n’est plus qu’une comptine soporifique que l’on ressort pour amuser la galerie et grimer la dérive autoritaire d’atours démocratique. Le 21 Avril, le 29 Mai et le 7 Juin sont autant de dates qui jalonnent désormais les « pics critiques » de la fièvre démocratique qui mine la 5ème République : le 21 Avril fut le paroxysme du vote contestataire dans sa version la plus hideuse, la plus xénophobe ; Le 29 Mai correspond à un sursaut populaire, une tentative désespérée de ré appropriation du débat public ; Le 7 juin et le « non vote » de près des 2/3 du corps électoral sonne comme un glas institutionnel. Si un débat national, sur les institutions et sur la condition du citoyen dans notre démocratie, n’est engagé c’est l’entièreté du pacte républicain qui sera à très court terme remise en cause. La réflexion doit être profonde et englober l’ensemble des problèmes de fonctionnement et « d’ordonnancement »  de la chose publique, le mode de désignation des représentants doit être revu pour permettre une vraie représentativité des minorités visibles et de la majorité sociale (pas un seul ouvrier à l’assemblée nationale…). Le pacte entre les élus et les électeurs doit lui aussi être refonder pour signifier aux premiers que les seconds ne sont pas que des données arithmétiques qu’il s’agit d’empiler pour « peser » politiquement et que l’essence même de leur fonction  réside dans la relation de confiance et dans le respect des promesses électorales, le temps de l’incompétence, du cynisme, l’arrivisme et du clientélisme touche à sa fin. Cette réflexion engagera nécessairement celle sur le statut de l’élu et sur le rôle des partis dans notre république, le vote de Dimanche dernier met aussi en cause l’organisation de notre vie politique autour de la structure partidaire. Crise sociale, économique et démocratique voilà où nous en sommes, le cocktail est hautement explosif, de la résignation au désespoir et à la révolte il n’y a qu’un pas.

De la Tectonique des plaques politiques

Encore une fois s’il est un chiffre à retenir c’est celui de l’abstention, 60% des électeurs n’ont pas souhaité s’exprimer, c’est la formule consacrée des lendemains d’élections et si au contraire l’abstention massive était devenue l’ultime expression populaire d’un désaveu, d’une désaffection voir d’un mépris de la politique (et non pas du politique).Pour autant cette soirée électorale aura été marquée par le maintien de l’UMP et par l’auto satisfecit révoltant des ténors de la droite qui tire hâtivement la conclusion que les français leur ont signifier par ce vote leur confiance et de fait leur octroient un blanc seing pour  poursuivre les politiques nationales et supra nationales de déréglementation, de casse et de régression sociale…Il faut un certain toupet pour se réjouir de cette victoire à la Pyrrhus : 30% de 40% du corps électoral soit 3 électeurs sur 25 ont réellement fait confiance à la majorité présidentielle, inutile de vous faire un dessin sur le poids réel des autres formations en lice à cette élection. Pour remettre en perspective les résultats de la soirée il faut les comparer, toute comparaison étant subjective choisissons par exemple de les comparer au nombre de voix obtenues au 1er tour de la présidentielle de 2007 et c’est la que le concept de victoire ou de défaite prend tout son relief ; ainsi par rapport à cette élection l’UMP perd plus de 6 millions de voix. Le PS, plus de 5 millions. Le Modem, le FN perdent aussi des électeurs, les listes d’Europe Ecologie sont les grandes bénéficiaires de ces élections, le Front de Gauche réussi à tirer son épingle du jeu en  faisant 400000 voix de plus que le PC en 2007. Faut il encore regretter que le NPA n’ai pas fait partie de ce Front de Gauche ? La réponse est clairement oui, les scores cumulés du NPA et du FDG donne une moyenne nationale voisine des 11%, cette réalité complètement occultée par les commentateurs est une donnée a prendre en compte sur l’ensemble de l’échiquier politique, si les mouvements les plus spectaculaires se sont organisés entre les listes du Modem, du PS et d’Europe Ecologie, la « volatilité » de ce vote empêche toute projection sérieuse sur le vrai rapport de force politique entre ces protagonistes, en revanche la gauche de la gauche peut déjà considérer que, dans un contexte très défavorable du fait de la grande démobilisation des quartiers populaires, la progression et l’enracinement du vote progressiste et anticapitaliste encourage et oblige les appareils des différentes organisations a revoir leurs stratégies personnelles et a imaginer une nouvelle redistribution de la donne politique. Le paysage politique français après ce 7 juin peut être succinctement et très subjectivement dépeint comme tel : Une droite conservatrice et ultralibérale stable (30%) capable de mobiliser son électorat sans faire campagne et sans avoir de projet, une extrême droite réduite à sa partie congrue électoralement narcoleptique mais idéologiquement vivace, ses thématiques de prédilection serve de socle aux politiques sociales et internationales (immigration, sécurité…) du gouvernement. Une gauche sociale-démocrate (ou sociale-libérale ?) très affaiblie (16%) en panne d’orientation, d’identité, vérolée par les luttes intestines et les égos qui tiennent lieu de programme. Un Modem siphonnée par la vague écologiste et victime de l’obsession présidentielle de son leader (8.5%)…Le centre existe-t-il vraiment ? Une Gauche écologiste grande bénéficiaire du vote de l’émotion (16%), nous en reparlerons plus bas ; Enfin une gauche anticapitaliste qui pèse 13% des voix exprimées et dont nous consacrons un autre chapitre ci-dessous.

De l’Ecologie Politique au Capitalisme Vert

La grande, l’énorme surprise est donc venue des listes emmenées par le trio improbable mais efficace, Dany Cohn Bendit, Eva Joly et José Bové. Nous ne pensons pas que Europe Ecologie fut la seule à parler d’Europe, ou la seule a avoir un projet, ces allégations catégoriques et enthousiastes convaincront peut être a force d’être martelé, mais très humblement nous pensons que le succès de ces listes tient à l’ère du temps, au besoin de renouvellement et de fraicheur politique dont une grande partie de la classe moyenne appelait de ses vœux. Ce vote nous est éminemment sympathique mais il n’est pas un vote d’adhésion, de conviction et de détermination (mis a part pour les Verts politisés) ; La peur du lendemain planétaire apocalyptique, la certitude de faire partie de la dernière génération « bienheureuse » et inconsciente, le traitement médiatique permanent autour de la question climatique et environnementale, l’irruption dans le débat public de la gestion des déchets, de l’épuisement des ressources fossiles, des grandes questions de santé publique ; mais aussi (il faut en dire un mot) le succès des films d’Al Gore ou de Yann Arthus-Bertrand sont les ingrédients de la réussite d’Europe Ecologie. C’est un vote de l’émotion, de la préoccupation, c’est un vote convenu très « politiquement correct », un vote citoyen (comme disent certains) traduction directe de l’angoisse existentielle qui étreint tous les Homo Sapiens de ce début de 3ème millénaire. Le projet d’Europe Ecologie parle de conversion ou de transformation écologique de l’économie et le pêché est peut être déjà là à l’ origine même de ce « D-Day » de l’écologie politique, tout comme la social-démocratie le projet de Cohn-Bendit ne remet pas en cause le capitalisme, il tente de le transformer, d’en minorer les impacts sociétaux et environnementaux, en somme il confirme le capitalisme comme unique alternative, remisant pour l’heure des débats de fonds nettement moins « lisse » sur la décroissance ou le nucléaire, sur la place qu’occupe le volet social dans le projet politique global de l’écologie politique. Nous sommes convaincus que l’écologie politique est un humanisme et qu’il est par essence indubitablement anticapitaliste, DCB et ses amis devront trancher ces questions au risque de se désavouer…Un mot sur la forme de ce succès, nous nous réjouissons particulièrement de l’élection à la députation de Mme Benarab-Attou et de Mme Delli, si nous étions cyniques nous pourrions penser que cette élection fut une surprise totale…même pour l’état major d’Europe Ecologie (si ils avaient penser faire un tel score, ces personnes auraient elles figurées en si bonne place ?), mais bon accordons le bénéfice du doute aux verts qui en matière de « Diversité » n’ont de leçons à recevoir de personne ! L’émergence de cette sphère écologiste dans le paysage politique permet aussi de contester de manière plus nette encore l’hégémonisme du PS, en effet le parti de la rose ne pourra pas empêcher les velléités d’autonomie  de ces partenaires habituels, la configuration politique de la gauche plurielle a vécu, le PS n’est plus le centre de gravitation de la gauche française. Les combinaisons seront a géométrie variable mais c’est le fond du débat et la confrontation des divergences qui régleront l’architecture stratégique des alliances.

Du Front de Gauche et de l’extension de l’unité.

Plus qu’une analyse, c’est par un appel réitéré à l’unité des forces de la gauche anticapitaliste que nous terminerons, pour reprendre en partie la démonstration de JL Mélenchon sur le cumul des résultats du FDG et du NPA, imaginez un instant que dans notre circonscription du Grand Sud-Est , 12% des voix en ne tenant compte que de la logique arithmétique et en ne préjugeant pas d’un effet de dynamique quelconque, la gauche anticapitaliste aurait obtenue un euro député de plus et aurait barré la route de Strasbourg à Jean Marie Lepen, quelle victoire symbolique c’eut été ! Hortefeux aussi serait résté à la maison etc. Avec des si vous savez tout ce qu’on peut faire, mais les débats d’hier sur l’unité d’action et l’unité électorale sont ils encore de mise ? D’autres échéances se profilent et (jusqu'à preuve du contraire) la seule façon de modifier le cours des choses en démocratie c’est de remporter des élections et d’appliquer d’autres orientations ; La vraie question, presque « métaphysique » qui se pose a la gauche anticapitaliste c’est : voulons nous vraiment changer les choses ? La formulation peut paraître brutale mais la question n’en reste pas moins essentielle. La convergence des luttes et des objectifs, l’ampleur de la crise et l’échec global de la gauche nous met face à nos responsabilités individuelles et collectives. Le temps de la contestation et du folklore protestataire doit laisser place au temps de la construction et de la transformation de cette immense aspiration populaire à un autre présent et a un autre avenir. Pour être clair et moins emphatique il faut une traduction politique au mouvement social et au frémissement salutaire obtenu dans les urnes par les listes du FDG et du NPA, sans quoi ces deux projets si proches ne resteront que de utopies sans lendemains et nous serons donc aussi en partie responsable de la marche en avant du néolibéralisme dévastateur que nous subissons et qui par nature ne cessera d’avancer (lui). Nous avons participé en tant que soutien du FDG lors de cette campagne, mais plus que jamais nous renouvelons nos appels à un élargissement de ce front pour construire ensemble un projet de société alternatif recentré autour de l’humain et non du capital, un projet dont les piliers seraient la solidarité, la justice sociale, la défense des travailleurs et des acquis sociaux, la lutte pour le maintien de services publics de qualité et accessible à tous. Nous exhortons avec détermination nos camarades du NPA et du FDG à discuter et à trouver une issue à cette trop longue désunion, débarrassez vous de la lourdeur de vos appareils respectifs et engageons nous ensemble dans ce formidable projet d’Union de la Gauche, héritier en ligne directe du temps où la gauche essayait de changer le monde.

L’Europe ne peut pas se faire sans le peuple, le monde et la France non plus, les abstentionnistes ne reviendront que si nous en valons la peine.

Ne les décevons pas !

Quartiers Nord/Quartiers Forts




Vendredi 26 juin 2009

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Vincent Geisser et les oripeaux du néo Maccarthysme.

Si l’islamophobie est une réalité âprement combattue par tout un pan de l’intelligentsia qui nie son existence et les effets sociétaux qu’elle produit, l’affaire Geisser nous prouve que les mêmes détracteurs de ce concept s’accommodent beaucoup plus aisément  du « délit d’Islamophilie ».

Comme chacun sait Vincent Geisser est chercheur au CNRS affecté à l’IREMAM, dans le cadre de son domaine de compétence il a réalisé une enquête quantitative sur les enseignants-chercheurs d’origine maghrébine, initiative qui lui a valu l’attention toute particulière d’un fonctionnaire sécurité défense (FSD). Par ailleurs Vincent Geisser publie à intervalles réguliers des ouvrages de sociologie et de politologie dans lesquels il fait état de ses travaux d’investigations sociologiques et de réflexions d’ordre plus global et plus personnel , on citera par exemple « La nouvelle Islamophobie » ou « Discriminer pour mieux régner » entre autres. Progressivement l’attention du FSD s’est transformée en travail de surveillance et de fichage compulsif des écrits et des propos de Vincent Geisser. Il est aujourd’hui victime d’une procédure disciplinaire du CNRS diligentée à l’instigation du FSD. La question qui se pose et du domaine de la liberté d’opinion et du droit à la « subjectivité », Vincent Geisser a pris des positions publiques courageuses quant il s’agissait de dénoncer les dictatures africaines, l’autoritarisme politique dans le monde arabo musulman mais aussi lors de l’affaire du voile ou de la place des « musulmans » dans l’espace républicain. Ce qui fait l’essence même du débat démocratique c’est la confrontation des idées, le fait même de connoter les travaux de Vincent Geisser comme étant « sensibles » (selon la terminologie du ministère de la défense) reviens à les étiqueter comme subversif sans tenir compte de leur intérêt purement scientifique.

La pratique du « fichage » mise en évidence dans cette affaire est elle aussi effrayante, elle nous renvoie à des pratiques et a des épisodes sombres de l’histoire contemporaine, elle nous interpelle, en tant que citoyen, sur la nature du régime démocratique dans lequel nous vivons.

Nous condamnons avec force  l’utilisation du flicage des chercheurs, des militants associatifs et politiques, des artistes et des citoyens comme méthode de gouvernance.

La liberté d’expression et l’indépendance des chercheurs sont au cœur de cette affaire. Nous sommes déterminés et vigilants quant à la suite de cette affaire et nous n’accepterons pas que Vincent Geisser soit victime d’une « chasse aux sorcières ».

Quartiers Nord/Quartiers Forts

Gazastrophe

Samir Abdallah et Kheridine Mabrouk seront prochainement à Marseille et donneront une conférence cinématographique autour d’épisodes de leur film en construction GAZA-Strophe.

La projection/débat aura lieu au Cinéma Le Prado (36 avenue du Prado)
le jeudi 18 juin à 20h

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